Yann Dumoget

Un article de Nezumi.

Yann Dumoget, plasticien contemporain et artiste relationnel français, né en 1970.

Adepte de la « Peinture partagée », sa particularité consiste à organiser des rencontres durant lesquelles il demande aux personnes présentes de dessiner ou d’écrire sur ses propres peintures.

Biographie

Après des études d’histoire de l’art à l’université Paul Valéry de Montpellier, il débute sa carrière de plasticien professionnel en 1999.

Cette année là, il s’enferme dans son atelier pour réaliser une performance hors du commun : Peindre une toile par jour pendant un an, soit 366 peintures sur lesquelles il invite parents, amis, artistes à laisser leurs impressions en intervenant directement dessus à l’aide de feutres. Ce projet lui permettra de faire la rencontre de nombreuses personnalités du monde de l’art qui accepteront de participer à son aventure : Sophie Calle, Christo et Jeanne-Claude, Ben Vautier, Jean Le Gac, Hervé Di Rosa, François Boisrond, Pierre François.
Cette performance, très médiatisée, sera homologuée par le livre des records.

Il réalise ensuite de nombreuses expositions en France, en Europe et au Japon puis s’installe à Berlin en 2001. Dans la capitale mondiale de l’avant-garde, il fréquente les membres de la « Nouvelles peinture allemande » et subit notamment l’influence de Dag, Franz Ackermann et Jim Avignon. En 2002, lors de la Documenta 11 de Cassel, il se fait remarquer par la presse internationale avec son action "Doklomenta", en hommage à Marcel Duchamp. Parallèlement, il crée cette année là le collectif "Nähe Kunst" (art de proximité) avec Lorenzo Gori et Igor Zaidel.

La production initiale de peintures, qu’il considère comme inachevées, n’est qu’une partie de l’activité de Yann Dumoget. Adepte de l’esthétique relationnelle, théorisée par le critique Nicolas Bourriaud, il organise depuis plusieurs années des réunions au cours desquelles il demande aux personnes présentes d’écrire ou de dessiner sur celles-ci avec de petits feutres. Il met en scène et documente ensuite ses actions en y associant d’autres disciplines telles que la photographie, la vidéo et la musique.

Centre d’un dispositif de mise en relation, ses toiles sont à envisager comme un espace social cherchant à donner à voir les enjeux d’un être ensemble symbolique. A l’heure du clonage et de la mondialisation, elles sont pour l’artiste un moyen de se pencher sur le caractère indispensable de la diversité et du partage comme conditions de toute vie en société.

Le Chant des pistes

En 2007, il initie : "le Chant des pistes", projet relationnel qui se poursuit autour du monde de 2008 jusqu’en 2010. (Tananarive, Maputo, Madrid, Rio, Buenos Aires, Lima, Auckland, Sydney, Jakarta, Bangkok, Bombay, Moscou, Le Caire…)

Il déclare : « Parti de France en septembre 2008, je n’ai pas d’itinéraire précis. Je me déplace au hasard des rencontres, conformément aux règles que je me suis fixées. Je m’en remets aux personnes avec qui je sympathise pour me donner l’adresse de ma prochaine étape : celle d’un proche à visiter de leur part. À l’arrivée, plus que de simples nouvelles, je délivre à ce destinataire mystérieux tous les messages que j’ai pu glaner pendant le trajet jusqu’à lui. »

Yann Dumoget présente l’historique de ce voyage aléatoire de deux années autour du monde sous forme de carte géante, « Le Chant des pistes » doit sa nature à un éloge singulier du nomadisme, envisagé à travers la description de la pratique, propre aux aborigènes australiens, du rituel de la « Piste chantée ». « À la croisée entre art et spiritualité, celle-ci conduit ces derniers à « être au monde » non en dessinant cette piste sur des cartes mais en la chantant », relève Yann Dumoget, qui précise : « J’ai trouvé fascinante cette façon de concevoir un lieu, non pas comme topographie, dans une transposition formelle figée, mais comme son, comme verbe. » Le déplacement, une songline écrite par le pas du marcheur nomade.

Quelques millénaires après Ulysse, Yann Dumoget réalise une odyssée spectaculaire, qui le conduit bientôt sur tous les continents habités, mais aussi semée d'embuches. Car l’Occidental qu’il est, partout où il passe, est considéré comme tel, comme touriste, on ne comprend pas sa langue ni, le plus souvent, sa démarche, il lui faut endurer les contrôles, des passages de frontière compliqués, des vols… Peu à peu, la déception remplace l’enthousiasme du départ, tandis que l’artiste éprouve durement la distance qui sépare intention et réalisation.

La mondialisation, qui fait voyager les marchandises plus aisément que les hommes, n’a pas pour corollaire la libre circulation, ni la naissance d’un « citoyen-monde ». Ce qu’il reste de ce voyage, pour solde de tout compte ? Des visas, des relevés de change, des lettres consulaires. Le triomphe de la bureaucratie, cette entrave mise à la liberté.

Voir aussi

Site officiel de l'artiste

  • Hin zu gemeinsamer Malerei, 2001, Berlin, KVK.
  • Esthétique relationnelle, 1998, Dijon, Les presses du réel.
  • Art de proximité et distance critique, 2002, Paris, Sens et Tonka.

Galerie

Image:Dumoget1.jpg

Graffitage de 5 peintures interposées.
Région Languedoc-Roussillon, juillet 2006

Image:Dumogetirawadi.jpg

Pause courrier sur l’Irrawadi, Myanmar 2009

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