Sarkis

Un article de Nezumi.

Sarkis, de son vrai nom Sarkis Zabunyan, plasticien contemporain turc, né à Istanbul (Turquie), le 26 septembre 1938, dans une famille d’origine arménienne. Il vit et travaille à Paris depuis 1962.

Vie et œuvre

Sa famille appartiens à la petite bourgeoisie. Son père est boucher, sa mère femme au foyer. Sa famille quitte Sivas pour Istanbul et le jeune garçon étudie au lycée français Saint-Michel. Il obtient une licence à l'université de Mimar Sinan.

À seize ans fasciné par Le Cri d'Edvard Munch, il décide de devenir peintre. Il commence à exposer des gouaches obscures hantées de figures à peine visibles alors qu'il étudie l'architecture d'intérieur à l’Académie des beaux-arts d'Istanbul.

En 1962, avec sa femme Isil Akyuz, étudiante en philosophie de l'université d'Ankara, il émigre en France. À Paris, il décide d'utiliser son nom chrétien « Sarkis » dans sa vie artistique, pratique des collages et des peintures à base d’images d’actualité sur la Chine, l’Union soviétique, la Turquie, la Grèce. Ces œuvres lui valent en 1967 le prix de peinture de la Biennale de Paris.

Dès 1968 il mêle dans des installations savamment mises en scène par la lumière et la musique des matériaux aux charges évocatrices et émotionnelles très fortes : feutre goudronné, néons, résistances électriques, caisses de bois, cornières métalliques, pièces de mécano, objets aux provenances hétéroclites, œuvres d’art, artefacts, découverts au hasard de rencontres et chargés d’histoire. Il utilise aussi des magnétophones crachotants, des bandes magnétiques déroulées, des projecteurs qui font danser sur les murs des silhouettes de bateaux de guerre, mais aussi des ampoules nues et faibles.

Piece (1974-1976) évoque directement une installation muséale, avec sa vitrine solennelle renfermant deux vieux fusils rouillés, des boîtes métalliques grises, des disques, transformant la guerre en une sorte de vestige qui conserve son potentiel agressif. La statuette d'un forgeron de bronze, mise en de multiples situations depuis 1985, portant ou non un masque à l'effigie de l'artiste lui-même, rejoint des travaux d'assemblage rustiques, en bois ou en cornières métalliques, accompagnés ou non de néons de couleur, pour constituer un commentaire subtil de l'activité artistique.

Dans les années 1980, il monte le département de l’art à l'École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg (ESAD) et devient directeur de séminaire à l’Institut des hautes études en arts plastiques, à Paris jusqu'en 1995.

Leader dans le milieu artistique conceptuel depuis les années 1980, Sarkis retourne souvent en Turquie afin d'exposer son travail. Il a participé notamment à la Biennale d'Istanbul. Sa dernière exposition dans son pays d'origine date de mai 2005 à la galerie d'art Akbank d'Istanbul. le conservateur de l'époque, Ali Akay lui confie alors six étages de la galerie.

En 2007 à l'occasion de l'Année de l'Arménie en France, le musée du Louvre à Paris invite Sarkis. Son projet, sous forme d’installation est une réflexion sur l’espace et le temps. Il convoque, par le biais de la vidéotransmission et de la photographie, quatre œuvres qui ont marqué sa vie d’artiste : La Bataille de San Romano d’Uccello conservée au musée du Louvre, Le Retable d’Issenheim de Mathias Grünewald exposé au musée de Colmar, Le Werkkomplex de Joseph Beuys du musée de Darmstadt et Le Cri d'Edvard Munch conservé au musée national d’Oslo. Les trois premières œuvres sont filmées dans leurs musées respectifs et projetées en direct au Louvre sur trois grands écrans. Le Cri de Munch est représenté par une photographie.

La même année, Sarkis investit le musée Bourdelle à Paris, dans une exposition intitulée « Inclinaison ». Il conçoit pour le hall des plâtres une installation spectaculaire : il tend un grand vélum orange au-dessus des sculptures, dont le fameux Centaure mourant de Bourdelle, seules quelques têtes, quelques bras émergent de cette mer orangée. Plus loin, 41 bombes d’aquarelle et leurs sucriers s’alignent sur de longues tables : sur quatre tables de bois sont posés quarante-et-un bocaux de cinq litres remplis chacun d’aquarelle pure de couleur différente, et quarante-et-un sucriers en porcelaine de Limoges dont les couvercles sont placés à proximité. Chacun de ces sucriers présente le résidu séché d’une infime touche de pigment déposée dans l’eau à l’aide du pinceau. Enfin dans les profondeur du musée une Pénélope de Bourdelle sortie des réserves trône sur un parterre de fleurs, parfumée chaque jour par quelques gouttes du parfum Vol de Nuit de Guerlain ; La Vallée des Cloches (Miroirs, Modèle:Numéro5), pièce pour piano de Maurice Ravel interprétée par Sviatoslav Richter baigne l'ensemble.

Concevant ses réalisations en fonction d’un lieu spécifique, faisant ainsi de celui-ci une part constituante de l’œuvre, Sarkis travaille la vidéo, la photographie, l’aquarelle autant que l’installation. La transmission et la pédagogie sont au cœur de ses préoccupations artistiques tout en accordant une place importante à la mémoire, qu’elle soit personnelle ou historique.

La place scénique de ces éléments est toujours pensée en fonction du lieu qui les embrasse, tel un écrin. Ses expositions font œuvre, sans jamais être figées, permettant ainsi une multitude de « conversations » dont les éléments restent eux-mêmes autonomes. Il entreprend une réflexion particulièrement basée sur le dialogue, écho aux trajectoires qu’il a croisées au cours de sa vie : Joseph Beuys, John Cage, Tarkovski… ainsi que sur les tensions qui existent entre mémoire et espace.

Expositions (sélection)

  • 1980 Réserves sans retour…', base sous-marine de Bordeaux, Capc de Bordeaux
  • 1982 Documenta 7, Kassel
  • 1983-1984 " Pierre et Marie " dans une chapelle désaffectée en attente de destruction, 36 rue d'Ulm à Paris
  • 1984 La Fin des siècles. Le début des siècles, musée d'art moderne de la Ville de Paris
  • 1989 103 Aquarelles, musée des Beaux-arts de Nantes
    • Ma chambre de la rue Krutenau en satellite musée de la ville de Strasbourg
  • 1991 : Scènes de nuit - Scènes de jour Magasin de Grenoble
  • 1992 : Central Museum d’Utrecht
  • 1993 Point de rencontre : le rêve, Sélestat
  • 1995 : Palais Liechtenstein de Vienne
    • Kunst und Ausstellunghalle de Bonn
  • 1996 Musée d'Art moderne et contemporain (Mamco) à Genève
  • 1997 Capp Street Project à San Fransisco
    • Musée des beaux-arts de Nantes (1997).
  • 2000 Capc de Bordeaux
    • « Respiration » au Panthéon, Paris
    • « L’atelier depuis 1938 – LE CRI XX » au Mamco à Genève.
  • 2001 Sarkis crée des vitraux pour l’abbaye de Silvacane.
  • 2002 Le monde est illisible, mon cœur si , une exposition en trois scènes au Musée d'art contemporain de Lyon
    • « Le voyage. Le soleil. L'obscurité » au musée d'art moderne de Céret.
  • 2009 Biennale de Lyon 2009
  • 2010 Nevermore 2010 au Musée d'art contemporain du Val-de-Marne
  • 2012 La Frise des trésors de guerre La Triennale 2012, Palais de Tokyo, Paris.
  • 2015 : 56e Biennale de Venise All the World’s Futures, Respire , pavillon de la Turquie

Le Bateau Kriegsschatz

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Kriegsschatz signifie « butin de guerre ». Ce terme, tant matérialiste que métaphysique, renvoie à la mémoire comme patrie, survivance du vécu conscient et inconscient. Sarkis s’est installé à Paris il y a de nombreuses années. Tout en poursuivant ses allers-retours à Istanbul, il demeure une référence pour la jeune génération d’artistes turcs. Il a depuis longtemps recours au concept de « trésor de guerre », ou plutôt à sa traduction allemande « butin de guerre »

Le Bateau Kriegsschatz existe en plusieurs versions ou interprétations: créé par Sarkis en 1982 pour la Documenta VII de Kassel, il le reprend à la Biennale de Sydney en 1982, puis au musée d’Art moderne de la Ville de Paris en 1983, enfin en 2005 à la galerie Jean Brolly à Paris. Cette dernière version est ensuite exposée au Musée d'art contemporain du Val-de-Marne à partir de 2010.

Sa surface est un peu inclinée, comme si elle sortait du mur du musée pour laisser derrière elle une caverne ; peut-être celle du trésor. Sur cette surface lisse se dessinent les courbes noires de la peinture au goudron, formant la silhouette d’un cargo. Sarkis semble préférer l’usage du goudron à celui d’un matériau plus noble, comme c’est le cas des « vrais » bateaux, dans les ports. Sur cette même surface, six lampes sont suspendues, portant les lettres « T.R.E.S.O.R » en rouge. Le bateau paraît dessiné par un enfant.

Les cargos passent nuit et jour, tels des bateaux fantômes, sur le Bosphore, à Istanbul. Derrière ce cargo de nuit, se trouve une petite maquette de bateau un peu décalée. Un objet trouvé comme Sarkis en insère parfois dans ses installations, mélangeant souvent les époques et les styles. Le cargo de nuit et la maquette ne vont pas dans la même direction, mais chacun en sens opposé. Sarkis évoque un tableau de Paul Klee, Angelus Novus, dans lequel un ange regarde vers l’arrière tandis que le temps présent, poursuivant son chemin presque linéaire, va de l’avant.

Cette mélancolie est suscitée par la mort de gens, parfois assassinés, en voulant traverser les frontières instaurées par les États-nations. C’est par la souffrance que les hommes obtiennent le trésor de la mémoire de l’humanité et le portent à l’intérieur de leur corps.

La Frise des trésors de guerre

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Le grand mur créé pour La Triennale 2012 Intense Proximité s’intitule La Frise des trésors de guerre. Elle est composée de plusieurs strates d’images démesurément agrandies, d’objets de cultures diverses en lien avec l’idée de trésors de guerre, « Kriegsschatz » que Sarkis explore. D’autres images trouvées par l’artiste dans le magazine Life viennent augmenter le calque, ainsi que deux reproductions de peintures de Caspar David Friedrich et Edvard Munch.

L’artiste fait ici référence aux trésors de guerre, œuvres arrachées à leur contexte lors d’expéditions ou d’invasions et restituées… au musée, lieu perçu comme injuste où se retrouvent finalement les œuvres volées. Les expositions de Sarkis sont comme des partitions musicales. Ses installations théâtralisent et mettent en correspondance les items, comme pour indiquer la distance qui les sépare et la relativité de les rassembler au musée.

Galerie

  • « Sarkis.fr », site officiel de l'artiste : visuels, textes afférents à son œuvre, biographie, expographie
  • « Sarkis » sur le site de la galerie Jean Brolly à Paris

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Respire Biennale de Venise 2015, pavillon de la Turquie

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