Rei Kawakubo

Un article de Nezumi.

Rei Kawakubo ( japonais : 川久保 玲, Kawakubo Rei) styliste japonaise née en 1942 à Tôkyô.

Biographie et œuvre

Rei Kawakubo nait en 1942, son père est universitaire. En 1964, Rei Kawakubo sort diplômée de la prestigieuse Université Keiō après avoir suivi des études de philosophie, littérature et beaux-arts. Elle travaille au département publicité de l'entreprise Asahi Kasei puis déçue par ce métier, commence une activité de styliste indépendante. Très tôt ses créations sont influencées par le Wabi-sabi, le « beau dans l'imparfait » ainsi que les traditions vestimentaires japonaises.

Quelques années plus tard, elle fonde la marque Comme des Garçons, allusion aux paroles de Tous les garçons et les filles de Françoise Hardy, présente sa première collection féminine et ouvre une boutique à Tokyo. Sa première collection masculine, Comme des Garçons Homme, arrive trois ans après. Rei Kawakubo est précurseur dans l'usage majoritaire, voire exclusif, du noir, couleur du deuil et du soir alors rarement présente dans les collections des stylistes ou couturiers. Son usage se répand dans les rues de Tokyo. Le noir va la suivre tout au long de sa carrière : toujours vêtue avec cette teinte, elle apparait en noir sur les photos, lors des interviews ou dans ses défilés et celui-ci dominera ses créations durant de nombreuses années.

Dans les années 1970 à 1980, avec Kenzo Takada, Issey Miyake ou Hanae Mori, une vague de stylistes japonais, remuant la mode occidentale, s'installe à Paris ; Kenzo, précurseur, puis Miyake, ont ouvert les portes et plusieurs obtiennent une large reconnaissance. Issey Miyake, Yohji Yamamoto et Rei Kawakubo forment un trio représentant un mélange entre l'Orient et l'Occident à la fois contemporain et toujours inspiré d'un classicisme de la culture japonaise. La styliste ne résiste pas à l'appel de la capitale de la mode et arrive à Paris au début des années 1980 avec ses vêtements « défaits, déconstruits, dépiécés », loin des jeunes créateurs français qui triomphaient à l'époque avec une mode flamboyante et colorée.

Elle présente Lace, son premier défilé, en marge de la Semaine du prêt-à-porter. Celui-ci marque la fin de l'influence séculaire des créateurs parisiens sur les tendances mondiales ainsi que l'abandon du bon goût et de l'élégance, passage obligé de la couture. Une boutique Comme des Garçons ouvre dans la capitale française dès 1982. Par la suite, elle étend ses activités vers du mobilier.

Son second défilé a lieu en 1982, mais cette fois, son nom apparait dans le calendrier officiel. Comme le premier, le retentissement, la polémique même, est important et les médias sont au rendez vous. L'élégance et la normalité sont une fois de plus mises à mal avec ses vêtements troués, ses couleurs tristes, ses créations inachevées et ses silhouettes difformes, s'éloignant une fois encore des préceptes du prêt-à-porter ; Rei Kawakubo démontre ce qu'est la beauté dans une pauvreté vestimentaire et l'imperfection. Rei Kawakubo devient la figure de proue du mouvement Anti-fashion des années 1980 et inspiratrice de la tendance minimaliste des années à venir.

Le centre Pompidou présente les créations de la styliste lors de l'exposition « Mode et photo » de 1986. Sept ans plus tard, le Kyoto Costume Institute intégrera des créations de Kawakubo à ses collections. La même année, Kawakubo est récompensée par le Fashion Group International.

Durant trois ans, Rei Kawakubo supervise la publication de Six (pour Sixth Sense, sixième sens), revue créée et financée par Comme des Garçons. Alors que certains ne pensait trouver qu'un outil de promotion, la publication est majoritairement ouverte à d'autres créateurs, mais également au design, à la danse, à l'architecture, aux arts plastiques ou à la littérature ; ce magazine bisannuel fait alors appel à des grands noms de la photographie et ne comporte aucun texte.

Dans les années 1990, les teints utilisées s'éclaircissent et le rouge entre notoirement dans ses collections. Après le lancement d'un premier parfum, la styliste aborde ce nouveau siècle avec une série de collaborations diverses, comme avec Vivienne Westwood pour des produits vendus uniquement au Japon ou une ligne de sacs en collaboration avec Louis Vuitton pour fêter les trente ans de la présence de la marque de maroquinerie au Japon. Elle dessine des créations pour H&M puis pour Hermès avec deux collections minimalistes de onze Carrés. L'expérience avec Louis Vuitton est réitérée quelques années plus tard.

Style

Ses défilés, pourtant très courus par les médias et acheteurs, sont toujours abscons, les vêtements ou le message présentés étant difficiles à cerner. Cette opacité de sens est renforcée, lors des très rares interviews que donne Rei Kawakubo, par les réponses toutes aussi ambigues qu'elle apporte. Peu de photos, peu de paroles, sont les lignes directrices de sa discrétion. Pourtant, chaque collection s'impose dans l'histoire de la mode et marque nombre de créateurs, certaines de façon plus notable comme, outre les défilés de 1981 et 1982, celle de 1992 avec ses robes froissées ressemblant à du papier, la controversée collection « Sommeil » avec des pyjamas ressemblant aux uniformes d'Auschwitz, ou la suivante avec ses rembourrages amovibles. Lumps & Bumps en 1997, faite de silhouettes désordonnées aux formes proéminentes, trouve un écho presque équivalent à sa toute première collection parisienne. Les collections de 2004 avec ses volumineuses jupes et la suivante Broken Bride remettant en cause la suprématie de la robe de mariée sont également remarquées. White Drama pour le printemps-été 2012 où le blanc domine est considérée comme l'une des plus achevée de la créatrice.

Ses vêtements vont à l'opposé des principes établis de l'esthétisme et de la beauté, travaillant sur de nouvelles formes de beauté, tout en conservant parfois une approche féminine et raffinée bien que nombre de ses vêtements soient asexués. Mais l'aspect seul de ses créations novatrices et à contre-courant n'est rien sans son usage maitrisé des textiles, de la texture et de certains matériaux. La recherche, l'expérimentation, l'invention sont les fils conducteurs de ses collections et elle remet perpétuellement en question la mode. L'imperfection, l'éphémère, l'incomplet, le désordre ou l'asymétrie, sont les composants de ses créations, ainsi que l'esthétique boro consistant à montrer des vêtements largement usés.

Mélangeant art et mode, elle a acquis au cours des années une réputation d'intellectuelle et de cérébrale de la mode. Pourtant, dans un discours pouvant s'apparenter à une forme de défense, elle refuse ce rapport entre mode et art, précisant que la mode n'est pas un art. L’œuvre d'art n'a qu'un seul acquéreur, alors que le vêtement appartient à une série, et s'inscrit dans un phénomène social. Refusant les étiquettes ou stéréotypes, parfois décriée, toujours innovante et surprenante, Rei Kawakubo reste difficile à classer. Rei Kawakubo incarne l'une des grandes forces de la mode des dernières décennies du XXe siècle jusqu'à ce jour. Elle représente une influence majeure pour ses pairs, défiant années après années les codes et conventions de la mode occidentale et une styliste déroutante mais respectée.

Galerie

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