Prima Materia

Un article de Nezumi.

Prima Materia, exposition de la Fondation Pinault, à partir du 30 mai 2013, à la Punta della Dogana à Venise

  • Commissaires de l’exposition: Caroline Bourgeois et Michael Govan
  • Du 30/05/2013 au 31/12/2014

Propos

Les textes alchimiques médiévaux contiennent des centaines de descriptions et de définitions différentes de la prima materia : substance originelle qui à la fois distingue et englobe la terre, l’air, le feu et l’eau ; substrat informe de toute matière comprenant l’âme et le corps, le soleil et la lune ; l’amour et la lumière, l’imagination et la conscience ; ou bien l’urine, le sang, la saleté. On l’a recherchée dans le terreau le plus noir des forêts et à l’intérieur du corps humain. C’est le chaos primitif qui existe avant le temps et avant toute possibilité de futur. Pour la science, ce peut être la matière noire dont se compose une grande partie de l’univers. Les définitions de ce medium, qui renferme en lui tous les éléments, varient en fonction des perspectives culturelles et de l’identité personnelle. Parfois représentée de manière circulaire sous les traits d’un serpent qui se mord la queue, la prima materia, pure essence, tout et rien, partout et nulle part, peut revêtir de multiples formes.

Le projet s’est construit au fil des échanges, entre les deux commissaires, d’un côté l’Europe, de l’autre la Californie ; ici une implication de longue date dans l’aventure de la collection Pinault (Caroline Bourgeois), là un regard neuf sur celle-ci (Michael Govan). Le dialogue, ensuite, qu’ils ont établi entre des artistes venus d’horizons géographiques et culturels différents, en confrontant par exemple de manière passionnante l’ Arte Povera et le mouvement Mono-Ha, qui émergea au Japon au même moment.

Les innovations artistiques de la fin des années soixante, souvent exprimées au travers de l’abstraction et parfois du vide, se nourrissaient d’images explicites et omniprésentes traitant de guerres, de protestations et de révoltes sociales. À la même époque naissait une nouvelle vision de l’égalité sociale et l’on prenait conscience de problèmes tels que l’état actuel et futur de notre environnement. Aujourd’hui, la science et la technologie nous offrent la possibilité de nous connecter à travers les réseaux sociaux et d’obtenir à tout moment une quantité infinie d’images ; elles promettent également une espérance de vie plus longue et le développement des énergies renouvelables. Nous continuons toutefois à vivre dans un climat d’anxiété, souvent généré par des adversaires invisibles et abstraits tels que le réchauffement climatique ou le terrorisme technologique. Nous sommes la cible permanente d’une cacophonie d’images médiatiques et de sons.

Si le but de la plupart des œuvres d’art du XIXe siècle était de représenter la vérité à travers la beauté et l’équilibre, depuis la fin du XXe siècle l’art tend en revanche à faire coexister les extrêmes, abstraction et surréalisme, vide et chaos, négation et spectacle, haut et bas. D’un point de vue artistique, c'est une époque de pluralisme global. Les quatre formes expressives de base que sont la peinture, la sculpture, l’installation et la performance sont toutes amalgamées par la Prima materia des médias ; c’est-à-dire non seulement la substance des films, des vidéos ou d’Internet mais aussi les moyens de sa diffusion et de sa discussion à l’échelle globale.

Artistes présentés

Galerie

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Au premier plan : Lee U-Fan, Relatum; au centre, Susumu Koshimizu, Paper,
au fond à gauche Koji Enokura,Untitled; à droite Giulio Paolini, L’Esprit de finesse

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Adel Abdessemed
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Lizzie Fitch & Ryan Trecartin

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