Patrick Raynaud

Un article de Nezumi.

Patrick Raynaud plasticien contemporain français né le 11 avil 1946 à Carcassonne. (ne pas confondre avec Jean-Pierre Raynaud)

Biographie

  • 1964-1966 Études de lettres modernes à l’université de Toulouse.
  • 1967-1970 Études à l'IDHEC. Travaille un temps dans le cinéma.
  • 1977 Première exposition personnelle à la galerie Harry Jancovici à Paris.
  • 1982 Fondation Gulbenkian Lisbonne.
  • 1983 –1989 Professeur à l’École nationale des Beaux-arts de Lyon.
  • 1994-1996 Directeur d’études post-diplôme à l’École régionale des beaux-arts de Nantes, puis directeur de 1997 à 1999
  • 1996-1997 Professeur à l’École des Beaux-arts de Dijon
  • 1999 Directeur de l’École Nationale Supérieure d’Arts de Cergy et président de l’Association nationale des directeurs d’écoles d’art. (1996-1997).
  • 2003-2008 Directeur de l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris (ENSAD).

Patrick Raynaud, travaille depuis 1985 sur les notions d'emballage et de conservation, de stockage et de déplacement des objets d'art, des objets quotidiens, des idées.

Des commandes de ce type lui ont déjà été passées sur d'autres sites : Delphes en Grèce (Institut Européen), Bursa en Turquie (Université), Neuchâtel et Tel Aviv ("Les Fouilles") qui insistent à la fois sur la vanité des choses de ce monde (le "Memento Mori" reconnaissable à travers toute l'histoire de l'art, et notamment la peinture du 17ème siècle - Les "Vanités").

Citation
L'art n'est pas seulement ce qu'en font les artistes, il est aussi et surtout ce que les hommes lui reconnaissent de représentativité par rapport à eux-mêmes. Sans doute, au temps des pharaons, le modeste sculpteur ou le ciseleur de telle petite cuillère était-il socialement infiniment moins considéré que tel puissant ministre ou riche négociant.

En 1999, il est associé à l'opération Le Grenier du siècle à Nantes. Son intervention se situe entre le moment de l'arrivée des objets sur le site et la fermeture du Grenier : les procédures d'emballage, le choix des matériaux de calage, le type de boites et de conteneurs, les modes d'empilement, les outils de manutention et la scénographie des évènements ainsi que l'aspect définitif du mur de verre et de métal. L'ensemble entre dans la catégorie de travaux que l'artiste nomme "archéologie du futur" : une préparation des objets de notre vie quotidienne en vue de les transmettre dans le meilleur état possible aux futures générations.

Patrick Raynaud a participé depuis 1980 (première exposition collective à l'ARC, Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris) à plus de 200 expositions collectives et personnelles dans de nombreux pays, et répondu à une vingtaine de commandes pour l'espace public (Paris-Forum des Halles, Hambourg-Gare Centrale, Israël-Tel Haï, Villeurbanne, Tarbes,...).

De nombreux catalogues et publications lui sont consacrés ("Sculptures" Jacques Damase éditeur - "Les Années 90" Cantz éditeur, RFA - "Karavanserei" Stadt Galerie de Saarbrücken, etc.). Une exposition personnelle lui est consacrée actuellement à Paris (Galerie Patricia Dorfmann). On pourra le retrouver en octobre 1999 au musée de Haifa en Israël, avant qu'il ne commence à prendre en charge le Grenier du Siècle dans les locaux de la Madeleine.

Patrick Raynaud et l'art de la dérision

La dérision est une des constantes de l'art de ce siècle. Elle renvoie au jeu, à une activité où l'art est considéré comme une chose trop grave pour qu'on n'y introduise pas une quelconque ironie, une distance qui bien souvent n'est en fait qu'une respectueuse défense. Ne pas se prendre au sérieux, ou feindre de le faire, est sans doute un des actes les plus constructifs et les plus créateurs dans lequel se sont engagés les artistes, un de ceux qui a donné à l'art ses plus pertinentes avancées.

Ceux qui font acte de dérision sont en fait attentifs et préoccupés par la pesanteur de la tradition, par ce qui irrémédiablement se fige, et face à quoi il ne peut y avoir de salut et de vérité que dans un démarquage, une manière d'envisager l'objet qui tente de lui enlever de son épaisseur, de procéder davantage à sa dissipation qu'à sa substitution.

C'est que l'ironie poétique ne peut se brancher que sur la légèreté et l'immatériel, sur une incertitude du représenté. Toutes proportions gardées, il est loisible d'établir un parallèle avec les "dessins d'enfants", qui dans leur maladresse initiale sont la preuve d'une non-perception de la pesanteur et de l'épaisseur des choses, donc d'une littérale perversion, et non, comme a voulu le faire croire l'art brut une expression référentielle d'"innocence" qui supposerait une saturation.

Patrick Raynaud a toujours été partisan de cette pratique de la dimension volée. Son système privilégié du découpage est une démonstration "en filigrane" de l'impossibilité d'incarner autrement que par la désignation du pastiche.

Ses "natures mortes", vaisseliers, vases et bouquets de fleurs, sont une manière de démontrer l'illusion de la réalité, dans leur platitude et leur fausse profondeur. Elles discouraient sur un genre mineur, malmenant les échelles, s'ornant de motifs décoratifs reproduits à satiété, mélangeant allègrement les styles, se souvenant sans doute des expériences cinématographiques passées de l'artiste, privilégiant l'aspect décorum, toc, bon marché.

Patrick Raynaud insiste sur leur aspect kitsh, par une surabondance de signes qui créaient un brouillage, une perturbation, une prolifération de sens. Il ne faut voir là nulle intention ou prétention à saper l'œuvre d'art, simplement par ce procédé d'exagération et d'altération, il s'agit d'amener celle-ci au plus proche de l'affabulation, de la fiction.

Avec la série des "Bonhommes", Patrick Raynaud s'affranchit d'une connotation réaliste trop directe encore. Ces figures découpées dans du carton et du contre-plaqué, en forme de ribambelles comme celles qu'on apprend à faire aux enfants en pliant une feuille de papier, ont de prime abord ce côté absent, anonyme, d'un personnage aux allures de silhouette évidée. Sans expression notable, leurs faces réïtératives sont comme issues du même patron, où se creusent quatre cavités rappellant les yeux, le nez, la bouche. Elles portent en elles le ridicule et la bêtise, et Raynaud, en les qualifiant de "bonhommes" a tenu à signaler par là qu'elles ne peuvent provoquer que compassion ou mépris, que ces figures ne sont que des ébauches d'humanité, des erzatz d'homoncules. Munis de leur dérisoire prestance, les bonhommes de Raynaud divaguent sur la sculpturalité, parce que se pliant, ils suggèrent un volume, une chair à la charnière, parce que monumentaux ils évoquent la fonction démonstratrice de la statuaire, parce qu'ils se situent aussi en bonne place et due forme, comme pastiche et substitut.

De plus, il s'ingénie à les placer sur un piédestal, à les enfouir dans le sol par l'artifice d'une découpe oblique, qui les laisse surgir comme indiscibles vestiges dans un no-man's-land archéologique, il les regroupe en foules échelonnées, spectateurs ébahis de leur propre existence. Vertébrés innommables, réminiscences de reptiles et de coléoptères, façon fossile ou jouet articulé, au choix, ils ne sont pas la projection d'un fantasme ou d'un exorcisme duel, juste le résultat d'un reste, d'une économie de la transformation, de la combinatoire.

Galerie

Image:Raynaud85.jpg
Dix petits "Bonhommes" 1984

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