Olivier Mosset

Un article de Nezumi.

Olivier Mosset , né en 1944 à Berne, plasticien contemporain suisse

Olivier Mosset vit et travaille à Tucson en Arizona .

Biographie

Après des études en Suisse, Olivier Mosset arrive à Paris en 1965. Il peint des toiles portant une ou plusieurs fois la lettre "A" qu'il expose au musée d'art moderne de la ville de Paris en 1966.
La même année il peint, au centre d’une toile blanche de 100 x 100 cm, un cercle noir parfaitement neutre, mais dont la présence énigmatique fait percevoir comme peinture un objet visuel minimal. Huit ans durant, O. Mosset reproduit, quelque deux cents fois, ce cercle, tournant en dérision les notions d’originalité ou d’unicité liées à l’œuvre d’art. Mais, répété de toile en toile, ce cercle prend valeur de logo, renvoyant, au-delà de la réalité visible des peintures, à la présence invisible du peintre.

En 1966, il s'associe avec Daniel Buren, Michel Parmentier et Niele Toroni et forme le groupe BMPT qui vise à déconstruire le système pictural, à atteindre le degré zéro de la peinture.
Après la dispersion du groupe BMPT en 1968, Olivier Mosset maintient, de façon discrète, mais toujours intransigeante, l’exigence qui avait réuni les quatre peintres à savoir déconstruire la peinture pour en extraire la « vérité ». En des termes en apparence réducteurs, il définit la peinture comme « de la couleur appliquée sur une toile ». Cependant il ajoute que si, dans sa peinture, « il n’y a pas quelque chose de plus profond, au-delà de ce qui est là », « le fait que ce soit là, c’est peut-être bien déjà "non objectif" ». Une peinture est un objet, mais, à la différence des autres objets, elle a une seule fonction, qui est de provoquer chez le spectateur une réaction spécifique; ainsi il déclare  : « En dernière analyse, c’est dans les yeux du spectateur qu’est l’"art"... ce sont les autres qui font l’œuvre. Mais cette réaction ne doit pas être confondue avec le choc émotionnel et / ou les considérations morales, sociales, philosophiques... que déclenchent les images. De tout temps, la vérité de la peinture s’est située au-delà de l’image ; aujourd’hui, elle ne peut être dite / perçue qu’en l’absence de toute image. Le spectateur ne la reconnaît, ne « fait » la peinture que si l’objet qui lui est proposé se situe très exactement à la limite qui sépare l’insignifiance, d’une part, de la fiction et / ou du symbole, de l’autre

En 1977, il s'installe à New York où il peint des monochromes (rouge, orange, rose, vert). Dans sa conception, il ne doit, dans la peinture, rien n’y avoir « au-delà de ce qui est là ». Cette expérience monochrome, qui dure environ jusqu'en 1985 va permettre à Olivier Mosset d’éliminer ce risque tout en serrant de plus près la limite de la peinture. Les toiles sont peintes chacune d’une seule couleur recouvrant uniformément leur surface, et Olivier Mosset veille à ce que tous les paramètres de ses monochromes (dimensions, format, ton) varient d’une toile à l’autre. En 1977 à la Biennale de Paris, il peint encore aux exactes dimensions du mur dont il dispose un énorme monochrome rouge, mais par la suite il refuse, comme incompatible avec l’autonomie de l’objet-peinture, d’établir la moindre relation entre celui-ci et son environnement.

Par rapport aux « Cercles » des années 1960, il s'écarte d'une démarche conceptualisante, et fait de la pratique de la couleur l’unique vecteur de son travail : « ce qui m’intéresse, c’est le moment où ce qu’on sait bascule dans ce que c’est, cette espèce de perte du savoir dans la matérialité ». Aux États-Unis, au début des années 80, il expose à plusieurs reprises avec le mouvement des 'Radical Painters'. À partir du rapport nouveau qu'ils établissent, surtout dans les grands formats, entre spectateur et surface peinte, ceux-ci ont créé une peinture monochrome d’un grand raffinement tonal. Cependant Mosset ne fait avec eux qu’un bout de chemin. L’application 'all over' de la couleur relève en effet, chez ces radicaux, d’une approche globalisante de la surface peinte et prolonge ainsi la gestuelle de l’expressionnisme abstrait, le monochrome libérerait l’essence de la couleur, véhicule premier de l’expression picturale. Or, pour Olivier Mosset, c’est de vérité de la couleur en tant que pure donnée perceptuelle qu’il s’agit, et cette vérité ne peut être dite que si est éliminé le halo incertain de subjectivité que génère toute recherche d’expression.

En quête d’une couleur soustraite aux aléas des associations et réminiscences, il ne veut de même réduire son chromatisme ni aux pigments du commerce employés tels quels, ni, à la manière de De Stijl, à un code étroit de tons prédéterminés. Pour lui aucun a priori idéologique ne doit influer sur le choix des tons. Ce qui compte seul pour lui, c’est que, étendue sur la toile, la couleur ne dénote que sa propre présence, sa « vérité », amenant ainsi à transcander le monochrome. En 1986, cinq très grands formats exposés à Genève illustrent ce dépassement : quatre toiles bichromes plus un monochrome divisé en trois parties par deux traits verticaux. Des compositions abstraites donc, mais qui ne se laissent pas plus décomposer que les monochromes, il y a articulation de structures formelles, mais non formation d’images; et dont l’abstraction n’a rien à voir avec les figures et significations de l’art abstrait classique. Olivier Mosset la définit par la littéralité et l’ autonomie de l’objet-peinture, dont l’évidence, est celle, irréductible, du 'ready-made'.

En situant ainsi l’abstraction au-delà de toute imagerie, en traitant l’objet-peinture comme un 'ready-made' assisté, Olivier Mosset montre que les positions de Paul Cézanne et de Marcel Duchamp, loin de s’exclure, se complètent. Ainsi, autant que par le geste spécifique de l’artiste, la vérité de l’art est donnée par le regard spécifique que le spectateur porte sur l’objet, le même statut peut être reconnu à une peinture abstraite et à un arrangement d’objets divers, pour autant que tous deux créent des « situations-limites ». Dans cette logique, à la fin des années 1980, il se lance dans des installations d'objets "ready-made", en particulier, des blocs de marbre, des motos ou des voitures.

Olivier Mosset achète sa première moto à Paris à la fin des années 1960, une Harley Davidson trouvée dans un surplus de l'armée américaine. A partir de là, il contribue aux débuts d'une sous-culture encore totalement inconnue en Europe à l'époque, celle du club de motards. Son atelier rue de Lappe occupe alors une double fonction, espace d'ouverture aux expériences picturales radicales, et fait également office de garage pour le premier club de motards marxisants, dont les membres avaient sympathisé avec les étudiants révoltés de mai 68. Les voitures et les motos ont été une force motrice dans la vie et l'œuvre d'Olivier Mosset, une attitude et un style de vie, un moyen de transport et, plus tard, des éléments de "ready-made".

Expositions (sélection)

  • 2005 : Olivier Mosset, The Biennale Paintings, Caratsch de Pury & Luxembourg, Zürich
  • 2005 : Olivier Mosset, Éditions, Espace d'art contemporain Les Halles, Porrentruy
  • 2005-2006 : Schweizer Druckgraphik , Helmhaus Zürich, Zürich
  • 2005 : Naturellement abstrait. L'art contemporain dans la collection Julius Baer, Centre d'Art Contemporain Genève, Genève
  • 2006 : Cinq Milliards d'Années, Palais de Tokyo, Paris
  • 2006 : Midnight Walkers, Le crédac, Ivry-sur-Seine
  • 2006 : Multiple Art und Originale, Galerie Elisabeth Staffelbach, Aarau
  • 2006 : Nouvelles Collections, Kunsthaus Centre PasquArt, Biel
  • 2007 : Art en plein air - Môtiers 2007, Môtiers
  • 2010 : Musée d'art contemporain de Lyon
  • 2013 : Musée régional d'art contemporain, Sérignan
  • 2011 : Born in Bern, Kunsthalle, Berne
  • 2018 : Untitled, Mamo, Marseille.

Galerie

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Les Socles révolutionnaires, vestiges présumés de la Bastille, 2002

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Three Bikes, 2018, Fiac hors les murs, jardin des Tuileries, trois Harley Davidson de 1957, 1971 et 1980


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