Nicolas Bourriaud

Un article de Nezumi.

Nicolas Bourriaud, né en 1965, est commissaire d'exposition, écrivain et critique d'art, auteur de théories sur l'art contemporain.

Biographie

Commissaire d'exposition ('Aperto 93, Biennale de Venise; Traffic, Capc-Bordeaux, 1996; Joint Ventures, Basilico Gallery, New York, 1996), "Touch", San Francisco, 2001. "Experience de la Durée", Biennale de Lyon 2005, Biennales de Moscou 2005 et 2007, "Estratos", Murcia, 2008. De 2000 à 2006, il a co-dirigé avec Jérôme Sans le Palais de Tokyo à Paris.

En mai 2007, il est nommé à la Tate Britain au poste de Gulbenkian curator for contemporary art, en charge de la Tate Triennial 2009, une exposition destinée à montrer, tous les trois ans, les derniers développements de l'art actuel. "Altermodern" pose comme principe la fin du post-modernisme, et l'émergence d'une modernité spécifique à l'ère de la globalisation.

Il a fondé la revue Documents sur l'art ; et fut co-fondateur de la "Revue Perpendiculaire (1995-1999). En 2008, il fonde la revue "Stream" avec Philippe Chiambaretta, architecte, et l'éditeur Christophe Le Gac (Archistorm, Monografik).

Bibliographie

Esthétique relationnelle, 1998, Dijon, Les presses du réel
Argument:

L’esthétique relationnelle appartient à une tradition matérialiste. Mais la forme de l’œuvre contemporaine s’étend au-delà de sa forme matérielle, elle est un élément reliant. Quand la discussion esthétique évolue, le statut de la forme évolue. La relation entre la forme et le spectateur, dans l’art actuel devient plus communicatif et c’est là où la socialité prend plus d’avantage que la compétition et la violence. Toute œuvre d’art se définit comme un objet relationnel. C’est cette relation qui fait l’évolution de l’art.

Depuis les années 1990 des nouveaux domaines formels artistiques sont apparus : les meetings, les rendez-vous (le spectateur est invité à se déplacer pour constater un travail, qui n’existe en tant qu’œuvre d’art que pour la grâce de ce constat), les manifestations, les jeux, les projets (les artistes proposent moments et objets de socialité dans des projets avec des galeristes, des individus etc.), les occupations (l’artiste dort, vit dans la galerie et intervient pendant toute la durée de l’exposition), sont marqués par l’idée de relation et rencontre (l’idée d’une grande révolution utopiste de l’art donne place à des micro-utopies quotidiennes dans différents lieux : restaurants, facultés, communautés etc).

Chaque œuvre est unique et est caractérisée comme produit du travail humain, lui donnant ainsi une valeur sentimentale mais aussi une valeur matérielle, d’échange. Il est nécessaire donc, un rapport. La base principale de l’art relationnel, qui se trouve dans le cercle des relations humaines, n’a pas d’exemple dans l’histoire de l’art, hormis l'art sociologique (1974) et l'esthétique de la communication (1983).Ce nouveau concept d’œuvre d’art se présente comme un interstice social où des nouvelles expériences, des nouvelles alternatives et des nouveaux espaces sont construits. Les objets et les institutions, l’emploi du temps et les œuvres sont à la fois le résultat des rapports humains et des producteurs de relations.

L’auteur nous donne comme exemple l’héritage de l’artiste cubain Felix Gonzales-Torres, qui avant de décéder du SIDA, a centré sa pratique sur une théorie de l’échange et du partage. Il posait le problème des processus de matérialisation en art et du regard de nos contemporains sur les formes nouvelles de matérialisation. Actuellement, lorsqu’une œuvre représente l’occasion d’une expérience sensible basée sur l’échange, elle doit se voir soumise à des critères analogues à ceux qui fondent notre appréciation de n’importe quelle réalité sociale construite. L’artiste incite le « regardeur » à prendre place dans l’œuvre, à la faire vivre, à compléter le travail et à participer à l’élaboration de son sens.

Ce type d’œuvre (qu’on nomme faussement « interactives ») prend ses sources dans l’art minimal dans lequel la présence du regardeur est partie intégrale de l’œuvre. L’acte de « compléter » l’œuvre par interaction. La modernité a critiqué toute idée de communauté et de collectif, mais depuis quelques années se multiplient les projets artistiques conviviaux, festifs, collectifs ou participatifs. L’effet communautaire dans l’art contemporain est marqué pour parler directement au public et lui proposer des modes de comportement à travers de la libre association. Pour l’auteur, nous vivons dans une époque de grand avance technologique qui est représentée par des améliorations de la vie quotidienne et leurs avantages artistiques (cinéma, vidéo), mais aussi par des menaces et des outils d’asservissement (caméra de video-surveillance, contrôle de la population, et aussi l’infographie, art-gadget basée sur des simples calculs). Bourriaud prend la défense de cette théorie relationnelle qui consiste à juger les œuvres d’art en fonction des relations interhumaines qu’elles figurent, produisent ou suscitent et qui propose l’ensemble des rapports humains, plutôt qu’un espace autonome et privatif.

Nicolas Bourriaud, Post-production, Dijon, Les presses du réel, collection « Documents sur l'art », 2002.
Argument:

Les artistes actuels évoluent dans un univers de produits en vente, de formes préexistantes, de signaux déjà émis, de bâtiments déjà construits, d’itinéraires balisés par leurs devanciers. Ils ou elles ne considèrent plus le champ artistique comme un musée contenant des oeuvres qu’il faudrait citer ou «dépasser», ainsi que le voudrait l’idéologie moderniste du nouveau, mais comme autant de magasins remplis d’outils à utiliser, de stocks de données à manipuler, à rejouer et à mettre en scène.

Autres ouvrages

  • Formes de vie. L'art moderne et l'invention de soi, 1999, Paris, Denoël.
  • Relational Aesthetics, 2002, Dijon, Les presses du réel.
  • The Radicant, 2009, New York, Sternberg Press & Berlin (Merve Verlag).

Voir aussi les fiches cinéma Ann ; le cinéma de Nezumi; les artistes contemporains / Randonnées dans les Pyrénées

Voyages : les merveilles du Japon; mystérieux Viêt Nam; les temples et des montagnes du Népal ; le grand Istanbul; Afrique