Lowbrow

Un article de Nezumi.

Lowbrow, ou Lowbrow Art, mouvement d'art contemporain apparu en Californie, en 1979.

Historique

Le terme lowbrow (littéralement « front bas ») a été construit d'après son contraire, le mot highbrow (intellectuel, littéralement « front élevé »), qui désigne l'expression faciale hautaine que peuvent prendre les amateurs d'art contemporain sous ses formes les plus élitistes. Le Lowbrow se réapproprie les codes issus des médias populaires tels que le comics, la publicité, le graffiti, le dessin animé et tout ce qui n'est pas considéré comme appartenant au monde des « beaux-arts » classiques.

Le Lowbrow Art est souvent humoristique, tantôt joyeux, parfois espiègle et, d'autres fois, sarcastique. La plupart des œuvres Lowbrow sont des peintures, mais elles peuvent également utiliser d'autres supports ou techniques : jouets, art numérique, sculpture1.

En 1979, Robert Williams intitule son premier livre de peintures The Lowbrow Art of Robt. Williams, un nom qu'il employa en réaction au manque d'intérêt suscité par son art auprès des institutions et critiques d'art établis. C'était une réaction qui indiquait que l'artiste n'était pas blessé par des jugements de ce type, un majeur dressé de façon ironique aux autorités en la matière, qui annonçait qu'il continuerait de se moquer d'elles et ne céderait pas. Le terme Lowbrow était employé volontairement pour faire profil bas. C'était un moyen astucieux de revendiquer, de façon non seulement ironique mais délibérée, la dichotomie entre un "establishment" bien propre sur lui, et une véritable insurrection juvénile.

Le terme faisait l'éloge de pratiques culturelles non reconnues, et comme Williams n'a cessé de le préciser par la suite, il faisait uniquement allusion à son propre travail. Il n'avait jamais cherché à enrôler d'autres artistes à ses côtés, ou plaidé allégeance à un mouvement de ce type.

Au début des années 1980, les enjeux politiques autour des mythes culturels et de la production de valeurs étaient ardemment discutés. C'est dans cet espace ouvert que le Lowbrow est né. Il y avait un scepticisme croissant du public envers toute forme d'autorité ; le nombre d'activistes et d'artistes qui ne considéraient pas leur travail comme un simple passe-temps, ne cessait d'augmenter. Alors que les artistes rattachés au terme de Lowbrow étaient fréquemment autodidactes, pour la première fois dans l'histoire, les cursus artistiques à travers les États-Unis permettaient à des flots d'individus venus de milieux divers d'obtenir un diplôme. Nombre d'entre eux venaient de familles appartenant aux classes moyennes ou laborieuses, pour lesquelles la notion de culture avec un grand C était un phénomène lointain.

La Culture passait pour un produit de luxe, alors que l'art était plutôt une philosophie, vivante et inventive, marquée par la nécessité, l'instinct de survie et la joie. Le nombre d'artistes et d'ateliers en activité aux Etats-Unis et en Europe avait atteint un point où les systèmes de production, de réception et d'interprétation employés jusqu'à présent, avaient besoin d'être réévalués. Il y avait non seulement une explosion du nombre et de la diversité des artistes, mais également une augmentation tout aussi visible des pratiques dissidentes qui se moquaient des modèles classiques. Les artistes soulevaient en bloc de nouvelles questions : qui produit la culture ? pourquoi ? et pour qui ?

La plupart de ces artistes partageaient le point de vue de Robert Williams, et un nombre toujours croissant de membres actifs voyait se constituer, à travers tout un réseau d'expositions d'art underground, de performances, de médias, de commissaires d'exposition et d'artistes, une sorte de scène artistique alternative et informelle qui offrait des réseaux de distribution à leurs voix. Le rejet ne signifiait plus la mort. Au contraire, il permettait à de nouvelles structures de se mettre en place et à un nombre croissant d'artistes de poursuivre leurs pratiques.

Plutôt que de suivre les traditions académiques formalistes qui avaient prévalu comme le Modernisme ou l'Expressionnisme Abstrait, les artistes avaient de plus en plus tendance à développer des langages plus phénoménologiques qui prenaient pour référence ce qui se passait autour d'eux. Cela incluait souvent des produits culturels comme les comic books, la littérature pulp, les films, la culture DIY (Do It Yourself) et la politique, ce qui produisait un langage aux allures parfois kitsch. Alors que le Pop Art avait adopté cette façon de faire et méritait ainsi le temps, c'est-à-dire l'argent , le Lowbrow était resté underground, même après que Robert Williams a apposé le mot sur la couverture de son livre.

Les artistes affiliés au mouvement Lowbrow qui ont bénéficié de la plus grande reconnaissance artistique, critique et économique, sont des maîtres artisans extrêmement bien formés, bien que les domaines dans lesquels ils exercent soient très différents. Ils créent des objets qui parlent de leur vision du monde dans un langage à la fois unique et bien renseigné. En tant que mouvement artistique, le Lowbrow a transféré une légitimité jusqu'alors réservée à ceux qui avaient pris les routes traditionnelles, aux voix qui venaient de la rue et qui restaient détachées des normes institutionnelles. Au-delà des désignations , ceux qui perdureront témoignent d'une maîtrise de l'art et de la poésie qui a brisé les lignes et défié les tabous. Ils sont parvenus à garder leur propre façon d'exprimer ce qu'ils vivent, ce qu'ils ressentent, en créant des œuvres qui excellent à parler de l'humain dans des termes considérés jusqu'alors comme juvéniles ou sales.

Le Lowbrow en élargissant ses fondements esthétiques se prolonge et s’intègre au début des années 2000 dans le Pop Surréalisme.

Quelques artistes

(liste non exhaustive)

Galerie

williams103.jpg

Robert Williams : The Waterhead Who Was Raised in a Box 1992

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Marion Peck Fuck You 2008

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Reg Mombassa Stations of the Cross Number 3, d'après Grunewald 2010

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