Le Cyclop

Un article de Nezumi.

Le Cyclop, sculpture monumentale construite dans la forêt de Milly entre 1969 et 1994 par le sculpteur suisse Jean Tinguely en collaboration avec Niki de Saint-Phalle, avec les contributions d'artistes de sa famille artistique : Daniel Spoerri, Jean-Pierre Raynaud, Eva Aeppli, César, Arman et d'autres, une quinzaine environ.

Description

L’œuvre est située dans le bois des Pauvres à Milly-la-Forêt. Le Cyclop, sculpture habitable faite de béton et de fer, mesure vingt-deux mètres de haut et pèse autour de trois cents tonnes. Il s’agit d’une tête à l’aspect d’un cyclope. Le monstre possède un œil unique. D'une bouche béante au centre de la figure, sort une immense langue-toboggan qui retombe au sein d’un petit bassin rempli d’eau.

Deux projets ont notamment précédé le Cyclop.

En 1964, Tinguely imagine un projet intitulé Lunatour. L’artiste souhaitait construire un immense immeuble qui abriterait des attractions foraines (grande roue et manèges), des boutiques ainsi qu’un restaurant. L’artiste voulait l’installer porte Maillot, à Paris. Cela aurait été une réponse à la fermeture du parc d’attractions Lunapark qui se situait à cet emplacement.

En 1968, Tinguely réédite son projet. Accompagné de Bernhard Luginbühl, il envisage une structure qu’il intitule Gigantoleum. Il la définit comme une station culturelle. Les deux artistes lancent un appel d'offres afin d’obtenir des financements. Cet appel permet d’avoir connaissance de l’aspect formel du projet. La station culturelle abriterait notamment un snack-bar, un mini-cinéma permanent projetant des burlesques, un champ de tir, un labyrinthe tactile, le plus grand toboggan du monde, des expositions d’art, d’autres endroits seront réservés au beat et au jazz.

Au départ, le Cyclop a un visage humain. Un modèle daté de 1970, réalisé par Tinguely et Niki de Saint Phalle, permet de comprendre l’évolution artistique du projet. Il présente une tête avec deux yeux. La maquette permet également de remarquer l’importance de la couleur initialement prévue : le visage est jaune, les yeux de différentes couleurs et les lèvres rouges. Cela rappelle les Nanas très vives de Niki de Saint Phalle. Finalement, l’artiste ne fera pas le choix de la couleur. À partir de 1987, Niki de Saint Phalle commence à tapisser la face de milliers de petits miroirs. En 1991, la surface est entièrement "miroitée". Le choix des miroirs permet de refléter la forêt et ainsi ancrer l’œuvre dans son contexte environnemental. Imbriqués dans la sculpture, quatre chênes centenaires font partie intégrante de l’œuvre.

Sur le côté droit du Cyclop est visible l’Oreille du monstre. Cette composante de la sculpture est réalisée par le sculpteur suisse Bernhard Luginbühl. L’Oreille oscille lorsque le système interne de la sculpture-architecture est activé.

L’entrée principale se situe au dos du Cyclop. Elle est accessible par une porte, très lourde, imaginée par Luginbühl. La porte, de forme ronde, est constituée de puissantes cornières de fer croisées à angle droit.

Au-dessus de cette entrée est visible un gros tuyau. Il s’agit d’un conduit d’aération du Centre Pompidou que Pontus Hultén a donné à Tinguely.

L’intérieur de la sculpture-architecture se compose de trois niveaux. Le premier étage possède un carrelage en damiers noir et blanc réalisé par Niki de Saint Phalle en 1992. Ce carrelage rappelle le drapeau à damier des circuits automobiles que Tinguely affectionnait. Au deuxième étage, Jean Tinguely a construit une machine issue de sa série des Méta-Harmonie (œuvres gigantesques composées de roues de tailles diverses mises en mouvement par des moteurs). La Méta-Harmonie est l’organe d’où part toute l’animation de la sculpture. L’œuvre active un circuit dans lequel tombent des boules d’aluminium de 35 cm de diamètre qui parcourent toute l’architecture. Cet immense rouage entraîne le mouvement des différents éléments mobiles du Cyclop (Oreille, sièges du théâtre). L’ensemble crée un son sourd et retenu, rehaussé de coups plus stridents. Enfin, au troisième étage, un petit théâtre a été installé.

La construction a pris de nombreuses années. La volonté initiale de l’artiste était d’installer sa construction dans un pays lointain isolé de la civilisation. Il souhaitait l’introduire dans « des régions peu peuplées où existaient encore des terrains vierges tels la Sicile, les Pouilles, le Sud de la France ou l’Afrique du Nord ». Finalement, le terrain se situe au sud de Paris pour des raisons pratiques. Depuis 1963, l’artiste a acheté avec Niki de Saint Phalle l’ancien bar-dancing « Au Cheval blanc » situé à Soisy-sur-École. Le couple possède également une ancienne commanderie des Templiers à Dannemois qui leur servait d’atelier.

De 1969 à 1994, Tinguely et ses amis artistes réalisent l’ensemble des gros travaux. En juillet 1970, Tinguely engage Seppi Imhof en tant que soudeur professionnel. Seppi Imhof contribuera par la suite à de nombreux projets artistiques de Tinguely en tant qu’assistant.Au début des années 1980, l’œuvre doit faire face à plusieurs incidents et cas de vandalisme, ce qui empêche l’avancée des travaux. Tinguely voulait tout bétonner et faire une entrée secrète par en-dessous. Une des solutions envisagées à l’époque est de transporter le Cyclop dans le parc de Saint-Cloud.

Le Cyclop est finalement donné à l’État français. En 1987, l’œuvre est confiée à l’État en contrepartie de sa conservation. Il est décidé, que lorsque l’œuvre sera terminée, elle sera ouverte au public. En 1994, les premiers visiteurs peuvent y entrer.

Quelques éléments remarquables

  • Jauge de vingt-trois mètres en métal rouge et blanc de Jean-Pierre Raynaud. (1973)
  • Chambre de bonne de Daniel Spoerri (1973). Il s’agit de la reproduction de sa chambre lors de son arrivée à Paris au début des années 1950. L’ensemble est renversé à environ 90°.
  • Tellflipper de Bernhard Luginbühl. Il s’agit d’un immense flipper en métal. (1977)
  • Banc de Niki de Saint Phalle représentant un homme lisant son journal. À son côté, un chien est présent.(1989) 3 exemplaires sont produits, celui de Milly sera retiré par crainte du vandalisme. Un exemplaire est présent à Naoshima au Musée Benesse.
  • Incitation au suicide.(1990) Niki de Saint Phalle installe une tête de mort colorée à l’intérieur du tuyau d’aération du Centre Pompidou.
  • Hommage aux déportés d’Éva Aeppli.(1991) L’artiste a installé quinze personnages en soie blanche vêtus de tissu noir à l’intérieur d’un ancien wagon. Cette œuvre fait référence à la déportation des Juifs lors de la Seconde Guerre mondiale. Ce wagon est positionné en porte-à-faux à l’extérieur de l’édifice.
  • Colonne (1992) de Niki de Saint Phalle recouverte de céramiques et de miroirs.
  • Piccolo Museo(1992) de Giovanni Battista Podestà, artiste d’art brut italien. Il s’agit de sept sculptures issues de la collection personnelle de Tinguely.
  • Pénétrable sonore de Jesús-Rafael Soto. L’œuvre, réalisée en 1960, instalée en 1993 est constituée de tubes d’acier suspendus à travers lequel le visiteur est invité à pénétrer.
  • Siège-rameur (1993) de Pierre-Marie Lejeune.
  • Compression (1994) de César réalisée à partir des restes du chantier.
  • Accumulation de gants(1994) d’Arman composée des gants usés, utilisés durant le chantier.
  • Gisants et Tableau électrique (1996) de Rico Weber. Les Gisants sont des moulages de son propre corps durant sa sieste tandis que le Tableau électrique représente le moulage d’un tableau électrique où est inscrit, sous chaque interrupteur, le nom d’un participant à la réalisation du Cyclop.
  • Tableau générique (1996) ainsi que Scène du théâtre de Philippe Bouveret. Il s’agit d’une scène animée : un marteau en bois frappe une dame-jeanne en verre.
  • Hommage à mai 68 (1996) de Larry Rivers.
  • Billetterie de Pierre-Marie Lejeune. L’œuvre, ancien camion de pompier, sert de billetterie au Cyclop.
  • Le Cyclop présente aussi trois œuvres de Tinguely dédiées à trois artistes majeurs du XXe siècle : Kurt Schwitters, Marcel Duchamp et Yves Klein.

Galerie

Image:Cyclop2.jpg
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Scène de théâtre
Philippe Bouveret, 1996
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Colonne Niki de Saint Phalle 1992

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