La France est-elle coupée en deux

Un article de Nezumi.

La France est-elle coupée en deux ? est un tableau réalisé en 1974 par Gérard Fromanger.
Ce tableau est emblématique du courant de la Figuration narrative.

Gérard Fromanger est l'un des membres actifs de l'atelier d'affiches à l'École des beaux-arts en mai 1968. En 1974, il est resté fidèle aux idéaux de sa jeunesse.
Afin de rompre avec l'impérialisme de l'abstraction, il reprend les pinceaux, tout en annexant les nouveaux moyens d'expression, notamment la photographie. Il est un des fondateurs de la figuration narrative. Un alliage détonnant où l'hyperréalisme du décor, des publicités et des affiches de cinéma contraste, avec la disparition des individus, représentés par des silhouettes colorées, foule anonyme et d'autant plus forte.

Le fond de décor:
Faussement naïve, la représentation précise du décor, à l'instant T, est un arrêt sur image. « Fixer le monde, c'est le rendre stupéfiant, dit Fromanger. Je n'invente rien Je suis devant, je n'ai pas de monde intérieur. » C'est le côté "suspense" de cette peinture, où l'auteur veut saisir la tension du réel et de la vie. Le temps du tableau est un temps suspendu, la tragédie est imminente... ou bien la blague. Entre la publicité qui pousse à la consommation et le travailleur qui gagne à peine de quoi survivre, que peut-il se passer ?

La rue:
Dans l'œuvre de Gérard Fromanger, la rue est un « personnage important ». Lieu de vie, territoire où surgit l'imprévu, d'où peut venir la révolution, il est aussi celui de la banalité sous l'emprise de l'univers marchand, l'expression la plus visible de la société de consommation. Cette rue rouge, monochrome, est décrite avec précision et pourtant rendue abstraite par la couleur qui en fait un décor.

La publicité:
L'affiche de publicité occupe plus de la moitié de la surface de la toile, marquant ainsi son caractère envahissant dénoncée en 1968 par les étudiants. Le texte de la partie gauche, en anglais, souligne l'écart entre les préoccupations quotidiennes des passants, et plus encore du balayeur, et les produits de luxe des boutiques hors taxes de l'aéroport parisien.

Le balayeur:
« Dans la rue, l'énergie, c'est nous », dit le peintre. Le travailleur pauvre, presque élégant, alors qu'il habite un foyer ou qu'il est clandestin, se détache en contraste violent (vert, couleur complémentaire du rouge) sur le fond. « L'information bouleversante, c'est lui», affirme Fromanger.

Les légendes:
Les rectangles de la palette chromatique au bas du tableau annonce-t-elle une peinture déconstruite par les couleurs ? Non, il s'agit surtout d'inviter le public à écrire ses propres légendes, « comme dans les manuels de géographie ou de botanique».
C'est une planche qui détaille les éléments de la toile : le corps vert, les rouges, l'orangé, et qui demande au spectateur une lecture active. Qui l'invite à penser.

La France est-elle coupée en deux? acrylique sur toile (1974) Musée d'art moderne de la Ville de Päris

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