Kanji

Un article de Nezumi.

Les kanji sont les éléments d'un des trois ensembles de caractères de l'écriture japonaise avec les hiragana et les katakana.

Sommaire

Historique

Kanji de "Kyûdô"
Kanji de "Kyûdô"

Les kanji, 漢字, (terme sino-japonais ; en mandarin hànzì) sont les caractères chinois, 字, de la dynastie chinoise 漢 Hàn utilisés en langue japonaise et empruntés aux Chinois.

Les kanji sont associés entre eux et avec des signes syllabiques (hiragana et katakana) pour former les mots et les phrases japonaises[1]. Parfois on utilise des kana de petite taille au-dessus (écriture horizontale) ou à droite (écriture verticale) des kanji pour en spécifier la prononciation. Ces caractères sont alors appelés furigana. Histoire

Les caractères chinois sont arrivés au Japon vers le IVe siècle, via la Corée. Comme les Japonais n'avaient pas d'écriture, ils ont tenté d'utiliser les caractères chinois non pas seulement pour écrire le chinois, mais aussi leur propre langue. Certains caractères ont été pris dans une valeur purement phonétique, c'est ce qu'on appelle les man'yōgana (万葉仮名), par référence au Manyōshū (万葉集) un recueil de poèmes du VIIIe siècle. C'est une diminution drastique du nombre de caractères utilisés phonétiquement (un par son) et une grande simplification et stylisation des traits qui donnèrent naissance aux hiragana (平仮名) et katakana (片仮名) modernes, deux syllabaires de 46 signes de base. Les hiragana sont utilisés pour les mots japonais ou d'origine chinoise, les katakana sont réservés aux mots d'origine étrangère (autre que chinoise), et aux onomatopées.

Les kanji officiels

Au début du XXe siècle, des débats sur l'éventualité de réformes orthographiques ont lieu mais ils sont bloqués par le pouvoir en place, et ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale que les réformes pourront véritablement avoir lieu.

Tout d'abord une réforme de l'usage des caractères syllabiques, dont l'écriture n'était plus du tout phonétique, rendit l'usage des kana conforme à la prononciation actuelle du japonais, à deux petites exceptions près (deux éléments grammaticaux monosyllabiques) toute phrase japonaise peut désormais s'écrire phonétiquement selon des règles simples.

Une réforme des kanji et de leur usage suivra. En 1946 est édictée une liste de kanji d'usage courant, les tōyō kanji (当用漢字), comprenant 1850 caractères. En 1948 on désigne 881 d'entre eux comme devant être connus à la sortie des six ans de scolarité obligatoire, parallèlement, le nombre de lectures de plusieurs caractères est réduit.

En 1949 on simplifie la forme de plusieurs caractères. En 1951 la liste des tōyō kanji est augmentée de 92 kanji pouvant être utilisés pour les noms propres.

Mais le nombre de caractères (1942), ainsi que certains choix qui furent faits, sont jugés nettement inappropriés par un grand nombre de Japonais : certains caractères d'usage rarissime sont dans la liste, alors que d'autres d'usage très courant, comme oreiller ou jour de l'an n'y sont pas. Entre 1973 et 1980 plusieurs ajouts sont faits, et finalement en 1981 le ministère de l'Éducation publie une nouvelle liste de kanji usuels (les jōyō kanji, 常用漢字) qui compte un total de 1945 kanji. En avril 1990 est publiée la liste des jinmei kanji (人名漢字, « kanji pour les noms propres »), une liste de 284 caractères supplémentaires acceptables à l'état civil pour les noms et prénoms (soit au total 2229 kanji dit courants). Les mille six (1006) premiers kanji que les Japonais apprennent au primaire (et qui font partie des jōyō kanji) sont les kyōiku kanji (教育漢字, « kanji pour l'éducation »). Ils sont répartis précisément par année d'apprentissage dans la gakunenbetsu kanji haitōhyō (学年別漢字配当表, « liste des kanji par niveaux scolaires »).

En dehors de la liste officielle des kanji d'usage courant, il en existe beaucoup d'autres utilisés dans des domaines spécialisés (médecine, philosophie...), ou pour des noms de personnes et de lieux ; un bon dictionnaire de kanji en répertorie plus de 4 000. Le standard JISX0208 actualisé en 1990 définit un jeu de caractères informatique de 6 879 caractères, dont 6 355 kanji répartis en deux blocs, le premier inclut 2 965 kanji usuels arrangés par ordre de lecture la plus fréquente, le deuxième bloc inclut 3 390 kanji arrangés par radical et par nombre de traits. La même année est sorti le standard JISX0212 qui définit un jeu de caractères supplémentaires à utiliser en conjonction du précédent, et qui comprend 6 067 caractères supplémentaires dont 5 081 kanji. Autrement dit, sur un ordinateur avec un support moderne du japonais, on a à disposition pas moins de 11 436 kanji différents. Lectures et prononciations

Les prononciations issues du chinois ont donné ce qu'on appelle les prononciations ON, en japonais on'yomi (音読み, lecture par le son), tandis que les prononciations issues du japonais sont appelées kun, en japonais kun'yomi (訓読み, lecture par le sens).

Pour corser les choses, il peut exister plus d'une lecture ON, suivant l'époque (le chinois ayant évolué) à laquelle elle fut introduite au Japon, ou encore suivant la région de Chine d'où elle est venue. Parmi les lectures ON on distingue ainsi les kan'on (漢音, prononciation des Han), introduits entre le VIIe et le VIIIe siècle, il s'agit du groupe le plus nombreux ; les goon (呉音, prononciation des Wu, importée via la Corée, du sud-est de la Chine), introduisant principalement des termes bouddhistes ; les tōon (唐音, prononciation des Tang), introduits lors de la dynastie Song, il s'agit principalement de termes techniques ; les sōon (宋音, du début de l'ère Song) ; les kan'yōon (慣用音, prononciation usuelle), il s'agit de prononciations erronées qui sont devenues courantes.

Le nouveau dictionnaire de caractères anglais-japonais de Jack Halpern, publié en 1990 y ajoute quelques catégories supplémentaires, non-classiques et moins courantes : les chūon (中音, prononciation chinoise), il s'agit de prononciations inspirées du mandarin moderne ; les gaion (外音, prononciation étrangère), qui ne sont pas issues du chinois, mais d'autres langues (comme l'anglais) ; et les waon (和音, prononciation japonaise) qui sont des prononciations ON crées par analogie de caractères semblables pour les caractères kanji crées par les Japonais et inexistants en chinois, les kokuji (国字, caractères nationaux).

Yaeko S. Habein et Gerald B. Mathias, dans leur "Manuel des Kanji usuels" regroupent les kanji en trois catégories :

  • Les kanji « à forme de base » provenant de pictogrammes, signes unitaires, relativement simples, ne pouvant être décomposés (comme 日: soleil ou 月: lune)
  • Les kanji de type « composé sémantique », qui résultent de la combinaison de deux ou plusieurs formes de base dont les significations entrent en jeu dans le sens du composé (Ex : 明 = 日+月 = lumière)
  • Kanji du type « composé phonétique » : association d'un élément qui représente un sens et un élément qui représente le son. Par ailleurs, le composant phonétique transmet son sens au nouveau kanji. Cette catégorie est la plus nombreuse (1310 parmi les 1945 jôyô kanji. Ex : 扶 (prononcé fu) = 扌(main) + 夫 [phonétique qui se prononce "fu" et signifie "homme"] : main + homme = aide, soutien).

Apprentissage

La connaissance d'un grand nombre de kanji est une marque de culture et d'érudition ; les professeurs de littérature peuvent connaître jusqu'à sept-mille kanji. Dans les publications officielles, les kanji non-officiels doivent être accompagnés d'un guide de lecture (petits caractères hiragana ou katakana sur le côté dans le cas de l'écriture en colonne et au-dessus dans le cas de l'écriture en ligne, dans cet emploi on parle de furigana).

L'étude des kanji demande beaucoup de travail, ainsi qu'une pratique constante. En effet, pour chaque kanji, il faut mémoriser :

  • le dessin des traits : l'ordre et la manière de dessiner ces traits sont importants. Il est aussi important d'en connaître le nombre et de savoir y repérer la clef (voir plus loin) ;
  • les lectures ou prononciations. Outre qu'il y a deux types de lecture, la lecture on, héritée du chinois, et la lecture kun héritée du morphème japonais associé au signe lors de son adaptation au japonais, certains caractères peuvent avoir plusieurs lectures on ou plusieurs lectures kun différentes ; dans certains cas extrêmes, heureusement rares, on a plus de vingt prononciations différentes ;
  • la ou les significations, et la prononciation à laquelle elle se rattache.

Inversement, un même son peut s'écrire avec une grande quantité de kanji différents, et pour savoir écrire un mot en kanji il faut savoir lesquels utiliser. Par exemple dans l'index de la seconde édition du dictionnaire de kanji de Nelson, il y a 184 kanji différents ayant la lecture KŌ.

Il existe au Japon un examen spécifique de kanji, le Kanken, décliné en une douzaine de niveaux. Les niveaux les plus simples sont accessibles à un étranger apprenant le japonais, et il est possible de passer l'examen dans certaines grandes villes à l'extérieur du Japon, dont Paris.

Classification

Les kanji peuvent être classés dans un dictionnaire principalement selon :

  • leur clef ;
  • leur nombre de traits.

Les clefs correspondent à une partie du caractère qui permet de regrouper des kanji. On en compte traditionnellement 214, mais certains dictionnaires fonctionnent avec un nombre de clés plus réduit.

D'autres critères de classement plus modernes existent, tels que la méthode SKIP qui consiste à reconnaître l'agencement entre les éléments constituants, la méthode des 5 traits, surtout utilisée en chinois, qui se base sur l'orientation du premier trait du kanji.

La plupart du temps, des index combinant ces critères permettent de trouver le caractère souhaité.

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