Jean Le Gac

Un article de Nezumi.

Jean Le Gac, plasticien contemporain français, né à Alès en 1936. Il est l'un des représentants de la Nouvelle figuration.

Biographie

Jean Le Gac est né en 1936 à Alès dans le Gard, puis il va vivre à Carmaux dans le Tarn, où sa famille s’installe. Adolescent, au collège et dans sa famille, on repère très vite son talent précoce pour le dessin et dans cet environnement minier il fait figure de mythe, il décide qu’il sera Peintre. Nanti d’une Bourse d'État, il part à Paris et obtient le diplôme de professeur de dessin et d’arts plastiques en 1958. Mais la quasi disparition d’une pratique picturale traditionnelle remet en question son projet.

Professeur de dessin, il n'est guère tenté par une carrière conforme aux tendances qui dominent les années 1960, et ses premières activités, promenades, envois postaux, s'affirment en marge des catégories admises, comme celles de Christian Boltanski qu'il connaît depuis 1966. Jean Le Gac manipule des objets naturels et photographie ses interventions dans la nature en y ajoutant des mots. Puis, afin de contourner le système clos des galeries, il adresse par la poste aux personnes repérées sur le fichier de la galerie Gévaudan, sous forme de lettres anonymes, ses photographies accompagnées de textes.

Paradoxalement, c’est ce choix du deuil de la peinture et d’activités apparemment régressives qui vont lui ouvrir les portes du monde de l’art. Pour la première fois, Jean Le Gac expose dans une grande manifestation artistique internationale : la Documenta de Kassel en 1972. Il a 36 ans et c’est un artiste sans œuvre. Il dit : "J’ai regroupé sous forme de cahiers mes lettres et mes photos élaborées durant les années 1969-1970." Dès lors, il expose régulièrement et entre à la galerie Daniel Templon à Paris.

Passionné de littérature, il en vient à proposer, d'abord dans de modestes cahiers juxtaposant photos et textes également allusifs, le récit des faits et gestes d'un peintre anonyme : ce matériel narratif l'autorise à se définir comme artiste-peintre, projetant ses problèmes, ses doutes et ses humeurs sur son double.

Présenté par Harald Szeemann à la « Documenta V » dans le cadre des Mythologies individuelles, Le Gac est alors intégré dans une figuration narrative aux côtés de Christian Boltanski, Annette Messager ou Jochen Gerz. Son travail rejoint progressivement la présentation classique de la peinture : photos et textes, eux-mêmes photographiés, s'organisent en panneaux encadrés, sans renoncer à l'aspect livresque (Le Peintre de Tamaris, 1989, Introduction aux œuvres d'un artiste dans mon genre, 1987). Depuis 1981, il reproduit avec les techniques traditionnelles (fusain, pastels) des illustrations empruntées à la littérature populaire, qui permettent à son personnage de vivre de nouvelles aventures, toutes également stéréotypées, et complète ses images par des objets (machine à écrire, appareil photo, projecteur de cinéma) évocateurs d'une mise en scène ou d'une fiction qui n'en finit pas de mettre en abyme ses procédés : l'œuvre de Le Gac s'élabore sur l'absence d'œuvre de son héros.

Cependant, Jean Le Gac refuse de se laisser entraîner dans les nouveaux courants de l’art qu’il avait pourtant semblé inaugurer par des démarches proches du Land Art ou de la Performance. Il replonge alors dans les livres de son enfance, dans cette littérature illustrée et désuète qui avait contribué à sa vocation de peintre, et dans un esprit de modestie et d’authenticité, il poursuit une oeuvre où le peintre, lui-même, devient le sujet-objet. Désormais, l’illustration et la légende, toujours décalées, resteront le vocabulaire de base de la construction mythique d’une figure d’artiste.

Son thème récurrent , les tribulations d’un artiste peintre, dont la carrière aurait du être la sienne si la Grande Peinture n’était pas morte avec Picasso, se développe entre fiction et confession, entre peinture et littérature, dans la rencontre de genres dits mineurs. En cela il renouvelle le principe de l’illustration, la verve et l’imagerie romanesque des romans de séries.

Jean Le Gac est lauréat 2010 de la Fondation Simone et Cino del Duca dans la catégorie peinture.

Déclarations de Jean Le Gac

  • J’ai compris que si je suis capable d’inspirer une fiction, alors il y aura une preuve de mon existence
  • Je ne parviens plus à croire comme certains que l'art moderne fait encore question. Pour moi, l'histoire de l'art moderne a été vite plébiscitée. C'est aujourd'hui une vieille dame assez conformiste qui ressasse ses souvenirs.
  • Détourner l'intérêt de l'objet principal permet de l'y fixer indirectement avec plus d’intensité.

Quelques ouvrages par Jean Le Gac

  • Le Peintre de Tamaris près d'Alès. Recueil de photos et de textes : 1973-1978, Crisnée (Belgique), Yellow Now, 1979
  • Introductions aux œuvres d'un artiste dans mon genre, Arles, Actes sud, 1987
  • Photographies, Neuchâtel, Éditions Ides et Calendes, 1998
  • La Salle des herbiers - Musée, Paris, Éditions La Pionnière, 2000
  • Et le peintre - Tout l'œuvre roman : 1968-2003, Paris, Éditions Galilée, 2004
  • Itinéraires, Paris, Éditions La Pionnière, 2008

Galerie

Souvent l’artiste, ravivant ses fantasmes d’adolescent, puise dans les souvenirs de ses lectures et des images qui les accompagnaient, produisant ainsi un effet de hors-temps. La composition relève plutôt des images des premières BD.

S’interdisant la "grande peinture", l’artiste élabore un principe d’hétérogénéité : il mélange des techniques mixtes et pauvres, le dessin à la gouache sur carton gris est associé au collage d’une photographie et d’un texte manuscrit. Il brouille les pistes de la peinture. Jean Le Gac endosse son habit de détective pour nous entraîner dans une sombre histoire.

Les textes écrits de la main de l’artiste font référence à la fois au manuscrit de l’écrivain et au carnet de croquis du peintre sur les pages duquel les annotations biffées complètent les esquisses. Mais ici cette cohabitation, loin de renforcer le contenu, installe le doute. Les fragments de lettres amorcent un récit à priori décousu et dont la construction n’est pas sans nous rappeler celle du Nouveau Roman.

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Jean-Michel Nicollet ² Jean Le Gac

Exposition : Quelques instants plus tard... art contemporain et bande dessinée au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême 2013

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