Histoire de la République d'Irlande

Un article de Nezumi.

Histoire de la République d'Irlande , à partir de 1914

Sommaire

La révolution irlandaise (1916-1922)

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, l'Irlande se trouve au bord de la rupture. Le vote du Home Rule n'a fait qu'attiser les tensions entre nationalistes catholiques, qui réclament désormais l'indépendance de l'île et les unionistes protestants, qui veulent maintenir l'Ulster au sein du Royaume-Uni. Malgré cette situation de crise, la majorité des Irlandais adopte une attitude loyaliste dans le conflit mondial.

Cependant, les nationalistes les plus radicaux, encouragés dans leur attitude par une série de maladresses de la part du gouvernement britannique, refusent de collaborer avec l'Angleterre. C'est le cas de la Citizen Army, fondée en 1913 par James Connolly, et d'une partie des Irish Volunteers (volontaires irlandais), placés sous les ordres de l'Irish Republican Brotherhood (Fraternité républicaine irlandaise, IRB), la société secrète des fenians.

Dès le mois d'août 1914, les dirigeants de l'IRB décident de tenter un soulèvement avant la fin du conflit. Le 24 avril 1916, un millier de combattants nationalistes s'emparent du quartier de l'hôtel des Postes, qu'ils tiennent pendant cinq jours. L'insurrection demeure minoritaire, mais ces Pâques sanglantes, qui font environ cinq cents victimes civiles, ont de profondes répercussions dans les esprits. La violence de la répression anglaise, l'exécution de quinze des dirigeants nationalistes, dont Patrick Pearse et James Connolly, favorisent le ralliement de la population au Sinn Féin, le parti nationaliste irlandais, créé en 1902 par Arthur Griffith, journaliste de Dublin.

Lors des élections de 1918, les candidats du Sinn Féin remportent soixante-treize des cent six sièges dévolus à l'Irlande au sein du Parlement britannique. Parmi les élus figurent Eamon DeValera, ancien chef de l'insurrection de 1916, dont la condamnation à mort a été commuée en peine de prison à vie, Arthur Griffith et Michael Collins, le chef des Irish Volunteers, qui deviendra l'Irish Republican Army (IRA). Exigeant l'instauration d'une République irlandaise indépendante, englobant la totalité du territoire de l'île, les députés du Sinn Féin, du moins ceux qui ne sont pas en prison, boycottent le Parlement de Westminster et se constituent, le 21 janvier 1919, en une Assemblée d'Irlande (Dáil Éireann), qui adopte une Constitution provisoire et élit DeValera président de la nouvelle République irlandaise.

Évadé de sa prison en février 1919, DeValera constitue en avril le premier gouvernement républicain irlandais. La réplique britannique est immédiate, et des unités formées d'anciens combattants de 1914 et de loyalistes protestants sont chargées de «!pacifier!» le pays. Les Black and Tans font régner une véritable terreur, à laquelle répond l'action déterminée de l'IRA. Sous la pression de l'opinion internationale, et notamment des États-Unis, le Parlement britannique promulgue le Government of Ireland Act, en décembre 1920: l'île est partagée en deux parties dotées d'une large autonomie. La partition ne respecte ni les limites provinciales ni les clivages confessionnels: trois des neuf comtés de l'Ulster sont rattachés aux trois provinces formant l'Irlande du Sud; parmi les six comtés formant l'Irlande du Nord, deux comtés sont à majorité catholique. La majorité protestante d'Irlande du Nord accepte ce Home Rule limité, qu'elle a souhaité dès 1912, et élit son propre Parlement en mai 1921. La partition est, en revanche, rejetée par la minorité catholique du Nord et par la majorité du Sud, où de nouvelles élections ne font que renforcer la position du Sinn Féin. Les élus de ce mouvement boycottent les nouvelles institutions imposées par les Britanniques et se constituent en un second Dáil.

Une trêve met fin à la guérilla de l'IRA le 10 juillet 1921. Les négociations entre les représentants du Dáil et le Premier ministre britannique, David Lloyd George, aboutissent à la signature d'un traité le 6 décembre 1921. Aux termes de cet accord, les vingt-six comtés de Saorstát Éireann deviennent, sous le nom d'État libre d'Irlande (Irish Free State), un dominion du Commonwealth. L'autonomie est ainsi étendue au plan militaire et douanier, mais les députés irlandais doivent prêter allégeance à la Couronne britannique. Ce serment, et les limites imposées à la souveraineté de l'État libre, provoquent la division des nationalistes. Le 15 janvier 1922, le traité n'est ratifié par le Dáil, après de violents débats, que par soixante-quatre voix contre cinquante-sept.

DeValera, absent des négociations et opposé au traité, démissionne de son poste de président; il est remplacé par le fondateur du Sinn Féin, Arthur Griffith. Michael Collins est nommé président du gouvernement provisoire.

L'État libre d'Irlande (1922-1937)

DeValera et les membres du Sinn Féin hostiles au traité exigent la reprise de la lutte contre la Grande-Bretagne. Une guerre civile éclate, opposant les républicains dissidents et la nouvelle armée de l'État libre. Le conflit, qui divise profondément le pays, provoque la mort de plus d'un millier d'Irlandais, dont Michael Collins, assassiné en août 1922. Cet épisode est évoqué dans le film Le vent se lève, de Ken Loach (2006).

Le Dáil, mené par William Thomas Cosgrave, rédige une Constitution instituant un Parlement bicaméral. Adoptée le 11 octobre 1922, elle entre en vigueur le 6décembre, après ratification du Parlement britannique. Le gouvernement officiel de l'État libre est immédiatement institué, Cosgrave assumant le rôle de président du Conseil exécutif. En avril 1923, les républicains mettent fin à la guérilla, suffisamment tôt pour pouvoir participer aux élections nationales. Aucun des deux partis en lice ne parvient, lors des élections du mois d'août, à s'arroger la majorité. Cosgrave reste toutefois au pouvoir et DeValera, à la tête des républicains, boycotte le Dáil. Cosgrave met sur pied un gouvernement viable qui tente d'obtenir de la Grande-Bretagne une rectification des frontières entre les deux Irlandes, afin de récupérer les deux comtés catholiques du Nord. Finalement, le tracé existant est confirmé en décembre 1925, en échange de maigres contreparties financières pour l'Irlande du Sud.

Ayant échoué sur la question des frontières, l'État libre, admis à la Société des Nations en septembre 1923, obtient en revanche, avec le Canada et l'Union sud-africaine, une évolution sensible de son statut au sein du Commonwealth. En 1924, le gouvernement irlandais crée un précédent en envoyant son propre ambassadeur à Washington. Dès 1926, les pays membres se voient reconnaître une quasi-indépendance. Le statut de Westminster, en 1931, libère l'Irlande de la tutelle juridique du Parlement britannique.

En février 1932, le parti d'Eamon DeValera, le Fianna Fáil, remporte les élections. Placé à la tête du Conseil exécutif, DeValera met en œuvre une politique de séparation totale. En mai 1933, il abolit par décret le serment d'allégeance au roi d'Angleterre. DeValera suspend ensuite le paiement d'annuités d'achat qui, selon les Britanniques, leur sont légalement dues et engage une politique protectionniste, destinée à permettre le développement d'une industrie nationale. Une guerre douanière prolongée s'ensuit, dont le coût est lourd pour l'État libre, l'économie irlandaise étant très dépendante du marché britannique. Dans le même temps, les institutions continuent d'évoluer. En 1936, le Fianna Fáil, en collaboration avec d'autres groupes du Dáil, parvient à faire adopter une loi qui abolit le Seanad, (Sénat) détracteur de la politique de DeValera. Le Dáil fonctionne alors comme un Parlement unicaméral jusqu'au terme du mandat de ses membres.

Profitant de l'abdication du roi Édouard VIII, DeValera fait voter, en 1936, une loi qui retire de la Constitution toute référence au roi d'Angleterre. La même année, des militants de l'IRA ayant commis une série d'attentats dans l'État libre pour faire pression en faveur de l'unité de l'Irlande, le gouvernement interdit l'organisation.

L'Eire (1937-1948)

En juillet 1937, les élections au Dáil se doublent d'un référendum constitutionnel. Le nouveau texte proposé à l'approbation des électeurs porte la marque de DeValera: la rupture avec la Grande-Bretagne est entérinée la volonté d'unité affirmée dès l'article2. Symboliquement, l'État libre d'Irlande devient l'«!État démocratique, indépendant et souverain» d'Eire, reprenant le nom gaélique autrefois donné à l'ensemble de l'île. La nouvelle Constitution accorde également un statut spécial à l'Église catholique. Les électeurs n'approuvent qu'à une faible majorité le texte constitutionnel, mais reconduisent le Fianna Fáil.

En 1938, l'écrivain et patriote irlandais Douglas Hyde, un protestant, est élu premier président de l'Eire et DeValera est choisi comme Premier ministre. Malgré les pressions de Roosevelt et de Churchill, l'Eire maintient sa neutralité durant la Seconde Guerre mondiale. Cette manifestation d'indépendance lui vaut d'être absente de l'Organisation des Nations unies (ONU) jusqu'au 14 décembre 1955. Les difficultés économiques de l'après-guerre entraînent, en février 1948, la défaite électorale du Fianna Fáil, au profit d'une coalition de six partis menée par le Fine Gael. John Aloysius Costello, devenu Premier ministre, tente de redresser l'économie nationale par une politique de baisse des prix et des impôts, et d'intensification des relations commerciales avec la Grande-Bretagne. En novembre 1948, Costello encourage le Dáil à rompre les derniers liens unissant le pays au Commonwealth. En décembre, les représentants irlandais adoptent le Republic of Ireland Bill (loi sur la république d'Irlande).

La république d'Irlande

La république d'Irlande, indépendante du Commonwealth, est proclamée le 18 avril 1949, lundi de Pâques marquant le trentième anniversaire des Pâques sanglantes. La République, brièvement écartée de la communauté internationale, ne peut adhérer rapidement à l'ONU en raison d'un veto soviétique, mais s'intègre dans le camp occidental. Elle est l'un des membres fondateurs de l'Organisation européenne de coopération économique (OECE) ainsi que du Conseil de l'Europe. En revanche, elle refuse d'entrer dans l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN), refus motivé par la question de l'Irlande du Nord.

La situation en Irlande du Nord empoisonne les relations avec le voisin britannique. Les dirigeants de la république d'Irlande, dont beaucoup désormais appartiennent à une génération qui n'a pas connu la guerre civile, sont conscients que l'union ne pourra jamais être imposée par la force. L'opinion publique exprime sa lassitude. Face à la reprise des attentats par l'IRA, en 1956, le gouvernement dirigé par Costello adopte une politique répressive, poursuivie après 1957 par DeValera. L'absence de soutien populaire, autant que le vieillissement des cadres, conduit l'IRA à annoncer, en février 1962, son intention de renoncer à la lutte armée.

L'Irlande rompt avec son isolement, se rapproche économiquement de la Grande-Bretagne et de l'Europe. En 1965, la Grande-Bretagne et l'Irlande suppriment, par un accord bilatéral, les droits de douane entre les deux pays. En 1972, l'Irlande adhère, en même temps que la Grande-Bretagne, au Marché commun européen. Cette adhésion, effective en janvier 1973, est approuvée par 83p.100 des électeurs.

La reprise des affrontements intercommunautaires en Irlande du Nord donne lieu à de nouveaux actes terroristes fomentés par la branche «provisoire» de l'IRA, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la République irlandaise. En 1971, le Dáil interdit l'acquisition ou la détention d'armes destinées à être utilisées en dehors des frontières de l'Irlande. En 1972, le gouvernement exige la remise de toutes les armes à feu. La coalition Fine Gael (Parti travailliste) l'emporte d'une courte majorité lors des élections de 1973, et le chef de file du Fine Gael, Liam Cosgrave, devient Premier ministre. En 1977, le Fianna Fáil est de nouveau porté au pouvoir; le gouvernement est mené par Lynch, auquel succède Charles Haughey en 1979.

À la fin des années soixante-dix et au début des années quatre-vingt, les gouvernements irlandais se retrouvent confrontés à d'importants problèmes: multiplication des actes terroristes perpétrés par la branche provisoire de l'IRA dans le Nord, crise économique associée à un fort endettement public et à une hausse du chômage. Sur le plan politique, l'érosion des partis conservateurs, le Fianna Fáil et le Fine Gael, entraîne une relative instabilité gouvernementale. En 1983, le Premier ministre Garrett Fitzgerald, du Fine Gael, relance la recherche d'une solution politique en Irlande du Nord, en organisant à Dublin un «Forum pour une nouvelle Irlande» auquel participent des formations politiques du Nord et du Sud, réunies pour la première fois depuis la partition. Le Sinn Féin, toutefois, demeure exclu des discussions et les unionistes refusent l'invitation.

En novembre 1985, Garrett Fitzgerald obtient de Margaret Thatcher, Premier ministre britannique, la signature d'un accord conférant à la république d'Irlande un rôle consultatif dans les affaires de l'Irlande du Nord. Fitzgerald demeure Premier ministre jusqu'en 1987, date à laquelle lui succède Haughey qui obtient la majorité au Dáil dès le premier tour. En décembre 1990, Mary Robinson, candidate de la gauche, est élue présidente de la République. Renforçant son ancrage européen, l'Irlande signe le traité de Maastricht, créant l'Union européenne, en décembre 1991, après avoir obtenu la faveur d'une clause spéciale garantissant que les lois irlandaises sur l'avortement ne seront pas remises en cause par la législation européenne. Le traité est ratifié par 69% de «ou!» lors d'un référendum national organisé en juin 1992.

L'Irlande fait partie, depuis l'accord signé le 2 mai 1998 à Bruxelles, des onze pays retenus pour passer en 1999 à l'Union économique et monétaire (UEM) À l'issue des élections de novembre 1992, le Fianna Fáil forme une coalition avec le Parti travailliste. La progression des partis de gauche, associés au nouveau gouvernement formé par le Fine Gael en décembre 1994, témoigne d'une lente évolution de la société irlandaise, qui accompagne la mutation économique. S'ils ont à nouveau repoussé la légalisation de l'avortement en 1992, les Irlandais ont finalement accepté de libéraliser la législation sur le divorce en novembre 1995.

La situation en Irlande du Nord est redevenue une question politique majeure en république d'Irlande!; le gouvernement de Dublin joue désormais un rôle clé dans les négociations sur l'avenir de ce territoire. Après une recrudescence de la violence intercommunautaire en Ulster, à la fin de 1991, un nouveau pas est franchi au printemps 1992, lorsque des dirigeants unionistes d'Irlande du Nord acceptent de participer à des négociations, à Londres, aux côtés des représentants du gouvernement irlandais. En juin 1993, Mary Robinson rencontre publiquement à Belfast le dirigeant du Sinn Féin, Gerry Adams. En juillet de la même année, le gouvernement irlandais propose une souveraineté commune du Royaume-Uni et de la république d'Irlande sur l'Irlande du Nord. Ce plan est rejeté par Londres. Mais après de nouveaux attentats à Belfast, le Premier ministre britannique John Major accepte, en novembre, que le Sinn Féin participe aux futures négociations. Le 15 décembre 1993, Albert Reynolds, chef du gouvernement irlandais, et John Major signent une nouvelle déclaration déterminante : la Grande-Bretagne accepte de renoncer à sa souveraineté sur l'Irlande du Nord si la majorité de la population exprime la volonté d'être rattachée à la république d'Irlande!; celle-ci s'engage pour sa part à supprimer toute référence à l'unité territoriale dans sa Constitution.

Les réformes économiques des années 1980, aidées par les investissements de la Communauté européenne, conduisent à l'émergence de l'un des taux de croissance économique les plus élevés du monde avec une immigration massive (en particulier de personnes en provenance d'Asie et d'Europe orientale) comme caractéristique de la fin des années années 1990. Cette période sera connue comme celle du « Tigre celtique » et servira de modèle de développement économique dans les États de l'ancien bloc de l'Est qui rejoignent l'Union européenne au début des années 2000. La valeur des propriétés est multipliée par un facteur compris entre quatre et dix entre 1993 et 2006, en partie à cause du boom économique.

La société irlandaise adopte également une politique sociale relativement libérale au cours de cette période. Le divorce est légalisé, l'homosexualité dépénalisée, alors que l'avortement dans des cas limités est autorisé par la Cour suprême irlandaise. De graves scandales, sexuels et financiers, touchent l'Église catholique irlandaise, coïncidant avec une diminution généralisée de la pratique religieuse dont une fréquentation à la Messe divisée de moitié en vingt ans. Une série de tribunaux créés dans les années 1990 sont chargés d'enquêter sur les malversations présumées des politiciens, du clergé catholique, des juges, des hôpitaux et de la Garda (police).

Le 12 juin 2008, un référendum organisé sur le traité de Lisbonne recueille une majorité de non pour des raisons multiples, mais celui-ci est frappé peu après de plein fouet par la crise économique de 2008 et un nouveau référendum récolte 58 % de oui le 2 octobre 2009.

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