Gilles Clément

Un article de Nezumi.

Gilles Clément, plasticien contemporain français, né le 6 octobre 1943 à Argenton-sur-Creuse (Indre), également jardinier, paysagiste, botaniste, entomologue, écologue et écrivain français.

Biographie

Après une formation comme ingénieur horticole (1967) et comme paysagiste (1969), il enseigne depuis 1979 à l'École nationale supérieure du paysage de Versailles, en parallèle de son activité de concepteur. Il a beaucoup voyagé à travers le monde, en particulier dans l’hémisphère austral, où il a particulièrement étudié la flore des milieux soumis à un climat méditerranéen.

Son intervention au parc André-Citroën à Paris, inauguré en 1992, l'exposition spectaculaire sur Le Jardin planétaire dont il a été commissaire en 1999 à la Grande halle de la Villette et ses nombreux écrits, qui constituent une œuvre à la fois théorique et littéraire, l’ont rendu célèbre auprès du grand public.

En 2011-2012, il est titulaire de la Chaire annuelle de Création artistique au Collège de France, avec une Leçon inaugurale prononcée le 1er décembre 2011 sous le titre Jardins, paysage et génie naturel.

Gilles Clément est l'auteur de plusieurs concepts qui ont marqué les acteurs du paysage de la fin du XXe siècle ou le début de ce XXIe siècle, dont notamment :

  • le « jardin en mouvement » « faire le plus possible, avec le moins possible contre » ;
  • le « jardin planétaire » ; nous vivons sur une planète qui est ou peut être une sorte de jardin sans mur mais néanmoins fini : l'enclos planétaire, qui n'est autre que la biosphère, dans un monde spatialement et volumétriquement fini et limité, occupé par des jardiniers plus ou moins bons et responsables (l'humanité), ;
  • le « Tiers paysage ».

Gilles Clément a d'abord élaboré ce concept au cours d'une analyse paysagère menée en Limousin, pour le Centre international d'art et du paysage de Vassivière, avant de l'exposer dans son livre Manifeste pour le Tiers paysage, publié en 2004.
L'expression ne se réfère pas au tiers monde mais au Tiers état dans l'Ancien Régime, c'est-à-dire à la partie la plus nombreuse mais la moins privilégiée de la population par rapport au clergé et à la noblesse.
Les portions de territoire relevant du Tiers paysage,« friches, marais, landes, tourbières, mais aussi les bords de route, rives, talus de voies ferrées, etc. », sont, en effet, également en marge du pouvoir mais présentent en fait une diversité biologique bien supérieure par rapport aux espaces davantage soumis à l'anthropisation, en d'autres termes plus entretenus et maîtrisés par les activités humaines, comme les champs et les forêts.
Ce concept s'inscrit dans le « projet politique d’écologie humaniste » que défend Gilles Clément : en valorisant ainsi des espaces habituellement considérés comme négligeables, la théorie du paysagiste invite les décideurs et les concepteurs à ne pas intervenir sur certaines portions d’aménagements. Gilles Clément a lui-même appliqué cette idée au parc Henri-Matisse de Lille, avec la plantation d'arbres livrés à eux-mêmes sur un haut socle en béton, baptisé l’île Derborence, par allusion à Derborence, réserve suisse inaccessible, où la forêt s’est installée sur un énorme éboulis provoqué au XVIIIe siècle. Le projet des jardins du Tiers-paysage, réalisés à Saint-Nazaire sur le toit de l'ancienne base des sous-marins, est un autre exemple parlant de concrétisation du concept. Ces concepts découlent de l'observation qu'un paysage naturel n’est jamais figé, que les espèces et les gènes doivent circuler.

Au lieu de cantonner les plantes dans un lieu précis afin d'organiser une création, le jardinier peut et doit, selon Gilles Clément, faire plus confiance à la nature et accepter de lui laisser le "champ libre" ; les plantes pour partie suite au hasard des chutes de graines et pour partie selon les préférences pédologiques et phytosociologiques pourront ainsi trouver les lieux qui leur conviennent le mieux.

Ainsi voit-on les « plantations » des jardins devenus jardins naturels se « redessiner » au long de la succession des saisons et des années, comme dans le tiers-paysage, ces délaissés où la flore et la faune s'organisent selon des lois qui ne sont ni celles du jardinier, ni celles de l'agriculteur, du sylviculteur ou du paysagiste traditionnel.

Le jardin de G. Clément présente un aspect qui au même endroit changera imprévisiblement demain, à la prochaine floraison et saison.

Gilles Clément est aussi favorable au métissage des espèces, qu'il appelle plutôt « brassage », et qui s'est tissé au fil des âges. D'où cette idée de jardins et de forêts planétaires qu'il cultive en protecteur, considérant avec une même bienveillance les « herbes folles » qui tentent de pousser sur les pavés des villes et les essences les plus rares plantées dans les jardins de prestige. Il intègre la globalisation du monde actuel par la « planétarisation » de la terre comme jardin, c'est-à-dire comme lieu de vie : « Je voudrais montrer la diversité extrême de ce qui existe sur la planète ».

Déçu par l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence et estimant que ce choix ne permettrait pas le nécessaire sursaut écologique de la politique française, Gilles Clément a décidé alors d'annuler tous ses contrats avec l'État français et de se consacrer à des « projets de résistance ». Il admet toutefois que cette position n'est pas irrémédiable.

Un premier projet, inauguré en juin 2007, répondait à une commande artistique pour la Biennale internationale d'art contemporain de Melle (Deux-Sèvres). Ce jardin, prévu pour être durable, se compose d'un jardin d'eau et d'un jardin d'orties avec un bassin où l'on peut réaliser le purin d'orties, utilisé en jardinage biologique pour renforcer l'immunité des végétaux, éviter les traitements et les pesticides de synthèse.

Un second projet, a été un jardin dans la nécropole de Tuvixeddu à Cagliari en Sardaigne, répondant à une demande de Renato Soru, président de la région.

Principales réalisations

  • Parc André-Citroën à Paris, en collaboration avec Alain Provost, et Patrick Berger pour les serres
  • Jardins de l'Arche à la Défense,
  • Parc Matisse à Euralille en collaboration avec Éric Berlin et Sylvain Flipo
  • Jardins de Valloires à Argoules
  • Jardin du Château de Blois
  • Jardin du Domaine du Rayol
  • Jardin du Musée du quai Branly à Paris, avec Jean Nouvel
  • Jardin de l’École normale supérieure de Lyon
  • Jardin du lycée d'enseignement agricole Jules-Rieffel à Saint-Herblain (Loire-Atlantique)
  • Jardin d’eau - Jardin d’orties. Installations permanentes de la Biennale internationale d'art contemporain de Melle
    Le Jardin d’eau fait référence à la nécessité de traiter les eaux polluées et d’instruire un programme de gestion agricole respectueux de l’environnement . Il s’agit de sauver l’eau et de rétablir l’équilibre biologique des milieux aquatiques. Opération simple comme en témoignent les 4 bassins de lagunages plantés d’une diversité de plantes aquatiques dont les racines filtrent l’eau naturellement. Le Jardin d’orties met en œuvre « l’usage horticole de l’ortie utilisé en jardinage biologique sous la forme de purin d’orties pour renforcer l’immunité des végétaux en évitant les traitements ». Gilles Clément dénonce les aberrations de la loi d’orientation agricole votée puis amendée en 2006. Il renvoie à la question générale de « la confiscation du bien commun puis à sa marchandisation par le brevetage du vivant. »

Galerie

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Melle, Jardin d'orties, 2007
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Jardin du Musée du Quai Branly, Paris
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Territoire mental d'espérance, sérigraphie, Melle 2013
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Vidéo, Melle 2013

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