François Rouan

Un article de Nezumi.

François Rouan, plasticien contemporain français, né en 1943 à Montpellier.

François Rouan vit et travaille à Saint-Maximin.

François Rouan fréquente l’Ecole des Beaux-Arts de Montpellier et y rencontre Vincent Bioulès, Claude Viallat, Pierre Buraglio avec qui il partage dans les années 1965–1970 l’aventure de Supports/Surfaces qui marque les débuts de sa carrière artistique. Auparavant il complète sa formation à l’École des Beaux–Arts de Paris et sera pensionnaire de la Villa Médicis à Rome placé sous la direction du peintre Balthus. En Italie il copiera les fresques de Lorenzetti et tout en poursuivant un travail de recherche en dessin et en peinture qui explore le geste artisanal du tressage, il fréquente aussi le psychanalyste Jacques Lacan qui l’initie aux nœuds "borroméens". Cette conjoncture pluri-culturelle l’amène à considérer la peinture comme un tressage en soi et pour la première fois des figures apparaissent dans l’entrelacs de ses toiles peintes - découpées - tressées.

Ce sont ces " interstices " qui en 1968 vont entraîner la rupture avec ses camarades du mouvement Supports-Surfaces dont les pratiques théoriciennes gèrent une recherche tendant au " degré zéro de la peinture ". L’œuvre tout entier de François Rouan est construit sur un principe de répétition rythmique d’éléments identiques nés de l’exploitation d’une technique singulière - le tressage - mais elle est en décalage avec le caractère radical des démarches d’un Claude Viallat ou d’un Daniel Buren.

Éminemment plastique, l’art de François Rouan est le reflet d’une sensibilité chromatique qui ne s’est point laissée entraver par la querelle figuration-abstraction : il a la volonté de constituer le tableau comme un objet spécifique mais ne montre aucune agressivité envers la " figure ". Par ailleurs, tout comme Marc Devade ou Louis Cane, il appartient à la nouvelle génération abstraite attachée à la mémoire culturelle du tableau et à l’histoire de la peinture moderne ; son inspiration se nourrit de Piet Mondrian et de Paul Klee, de la peinture abstraite américaine, mais aussi de Cézanne et de Matisse.

Pour François Rouan, Henri Matisse est bien plus qu'une référence, c'est l'œuvre à partir de laquelle lui-même s'est mis au travail. Vers 1965, les gouaches découpées, œuvre ultime de Matisse, commencent à accéder à la célébrité. Rouan y découvre une façon nouvelle et radicale de composer avec des plans de couleurs, quadrilatères qu'il découpe dans du bleu, du vert, du noir. En les faisant glisser sur le fond blanc avant de les fixer, en les laissant parfois se superposer partiellement, en y ménageant des coupures, en repassant par dessus au pastel, il multiplie les expériences et les variations. L'intensité chromatique est à son paroxysme, le rythme libre.

Ces œuvres évoquent la musique de jazz, de Coleman ou Mingus, ses contemporains. Elles ont la même légèreté, le même jeu entre le déséquilibre et la symétrie, la même pratique dansante de l'abstraction.

Dès 1980 il abandonne un travail basé sur le seul tressage de bandes imprégnées de couleurs directement héritées des gouaches découpées de Matisse, et des personnages apparaissent dans ses toiles. Désormais sa peinture va suivre une voie apparemment régressive allant vers une figuration qui sera le prétexte à la citation, à l’hommage. Ainsi la série des " mirótopos " fut déclenchée en 1993 par un " face à face " avec l’autoportrait de l’artiste catalan Joan Miró exposé au Musée d’Art Moderne de New- York.

Retournant à la peinture François Rouan n’aura de cesse d’en explorer le métier. Il s’est emparé des techniques les plus anciennes, la peinture à la cire, pour les croiser avec les gestes les plus novateurs, les toiles ou papiers découpés/juxtaposés. C’est cet effet d’entrelacement qui parfois n’est plus qu’artifice sur la toile, cette manière singulière caractérisée par la fragmentation et une apparence complexe, qui signale l’œuvre de l’artiste et confère à ses tableaux une distanciation avec la tradition picturale.

Son travail actuel, très prolifique, le porte vers des matériaux de plus en plus volatils, notamment par le traitement photographique de l'empreinte, prolongé par des réinscriptions vidéographiques qui lui donnent l'occasion de retourner au tableau selon un espace repensé, en variation, parcouru de vitesses et de fusions inédites. L'estampille et la coquille (au sens pour ainsi dire typographique) y développent un entrelacs complexe et comme labyrinthique. Les couleurs entrent en écho selon une espèce de brassage qui fait penser aux ailes du papillon dans leur relation presque photogénique ou mimétique au milieu.

L’artiste dit de son travail : " c’est fragmenter, intriguer et dans les interstices, faire passer autre chose ".

"François Rouan joue, dans ses tableaux, du tressage de bandes de toile trempées dans la peinture, effets de surface dont il fait émerger et se dérober alternativement des parcelles dans les intrications du tressage, provoquant ainsi une vibration intense de la surface" Daniel Templon


Une œuvre emblématique :

Rouan69.jpg

Bleu sur blanc, 1969-1970, papiers gouaches et découpés et pastel, 107 x 77 cm.

Le bleu a l'intensité du bleu dans lequel Matisse a découpé, en 1952, les formes de ses Nus bleus. Il a aussi l'éclat du bleu d'Yves Klein, pigment à l'état pur. Mais Rouan introduit un rythme qui lui est propre, des irrégularités dans les lignes et les angles, des incisions vives. Il met en mouvement les quadrilatères, qui semblent sinuer et osciller.

La blancheur du fond contribue à la clarté de l'œuvre, comme si une lumière plus forte venait de l'arrière-plan. Un espace se crée, d'une ampleur surprenante. Mais ce fond n'est pas que blancheur, des tirets et des croix disposés en lignes ajoutent leur ponctuation, tout en rendant un discret hommage à Mondrian. Tracées au pastel, les ligne ocres et rosé tiennent à la fois du dessin et du rehaut. L'ocre orangé est la couleur complémentaire du bleu, le rosé attire l'œil sur les découpages et introduit une note de volupté charnelle.

Galerie

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