Fort Jesus

Un article de Nezumi.

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La ville de Mombasa

Fort Jesus , fort érigé en 1593 par les Portugais sur l'ile de Mombasa, dans l'actuel Kenya.

Construit sur ordre du roi d'Espagne et de Portugal Philippe II le Prudent afin de protéger l'entrée du port contre les incursions incessantes des Ottomans, son activité militaire a duré plus de trois cent ans. Il est inscrit, par l'UNESCO, au patrimoine mondial en tant que bien culturel depuis le 27 juin 2011.

Description

Les travaux débutèrent le 11 avril 1593 pour s'achever en 1596. C'est un des plus beau exemple de l'architecture portugaise du XVIe siècle.

Construit sur une arête corallienne située sur le côté est de l'ile, le plan est un rectangle muni d'un cavalier servant de donjon, surplombant une esplanade fortifiée au nord-est (coté mer), et de quatre bastions. Ces derniers ont pour nom Santo Felipe, Santo Alberto, Santo Mathias et Santo Mateus. Vu du ciel, le fort ressemble à la silhouette d'un homme avec le cavalier tenant lieu de tête et les quatre bastions des bras et jambes.

L'entrée principale, située au nord-ouest, est protégée par le bastion Santo Mathias. Sous le cavalier se trouve un passage vouté, appelé « passage des arches » (passage of the arches) aboutissant à l'esplanade et qui servit, au temps de l'hégémonie des Ottomans, à transférer les esclaves vers les bateaux et, à partir de 1895, d'entrée pour les prisonniers condamnés par la justice britannique.

Dans le glacis nord-ouest poussent des Cycadales à feuilles palmées dont certains ont plus de 300 ans, aussi vieux que le fort.

Inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO

Inscrit le 27 juin 2011 avec les critères : (II)(V)

Extrait de la déclaration officielle:

Le Fort, édifié par les Portugais en 1593-1596 selon les plans de Giovanni Battista Cairati pour protéger le port de Mombasa, est l'un des exemples les plus remarquables et les mieux préservés de fortification militaire portugaise du XVIe siècle et une référence dans l'histoire de ce type de construction. Le schéma et la structure du Fort reflètent l'idéal de la Renaissance selon lequel la perfection des proportions et l'harmonie géométrique doivent s'inspirer du corps humain. Le bien s'étend sur 2,36 hectares et comprend les douves du Fort et la zone immédiatement avoisinante.

Inscriptions

Au dessus de l'entrée principale une inscription, incomplètement lisible :

Reinando em Portugal Phellipe de Austria o primeiro... por seu mandado (foi fundada esta?) fortaleza de nome Jesus de Mombaca aomze dabril de 1593 (sendo?) Visso Rei da India Mathias Dalboquerque (e capitão mor?) Matheus Mendes de Vasconcellos que pasou com armada e este porto (e sendo?) arquitecto mor da India Joao Bautista Cairato servindo de mestre das obras Gaspar Rodrigues

qui peut être complètement traduite par :

Quand Philippe d'Autriche régnait en tant que Philippe Ier de Portugal... cette forteresse a été érigée par son commandement sous le nom de Jesus de Mombasa le 11 avril 1593. En ce temps Mathias d'Albuquerque était vice-roi des Indes. Le capitaine du donataire Mathieu Mendes de Vasconcellos est arrivé avec sa flotte dans ce port accompagné du grand architecte des Indes Jean-Baptiste Cairato et Gaspard Rodrigues servant comme maître d'œuvre .

Deux autres inscriptions gravées concernent les rénovations et aménagements apportées à l'édifice en 1635 par le gouverneur Francisco de Seixas Cabreira et en 1648 par le gouverneur Antonio da Silva de Menezes.

Sur la plateforme du bastion Santo Mateus se trouvaient des graffitis tracés avec du charbon de bois au XVIIe siècle par des soldats portugais et montrant des scènes de bataille ou de la vie courante. Ils ont été déplacés et sont exposés dans une salle du musée .

Inscription rappelant la prise du fort par les britanniques et surmontant une porte sculptée swahilie

Cette inscription est visible dans la cour et concerne la prise de possession du fort par les britanniques :

British East Africa Protectorate
Proclaimed 1th July 1895
A.H.Hardinge ESQCB
Commissioner

qui peut être traduite par :

Le Protectorat de l'Afrique orientale britannique
a proclamé le 1er juillet 1895
A.H. Hardinge ESQCB
commissaire

Autres fortifications

Localisation des défenses portugaises

Au fur et à mesure du temps, les Portugais consolidèrent la position défensive par la construction d'autres ouvrages fortifiés de plus petites tailles :

  • Makupa forts6 4°2′12.7″S 39°39′9.7″E , d'une dimension de 15x15 m et complété par deux tours chacune distantes d'environ 120 m du fort principal. Ce complexe défendait le seul accès à l'ile au départ du continent. Cet accès était constitué d'un mince isthme de sable. Détruits entre 1900 et 1920, leurs fondations ont été retrouvées en juillet 2006 ;
  • Santo Joseph fort ou Nossa Senhora das Merces fort 4°4′18.1″S 39°40′56.1″E, fortification en forme de « fer à cheval » situé à 100 m des ruines de la chapelle portugaise de Nossa Senhora das Merces d'où son 2e nom ;
  • Golf course fort ou Kaberas 4°4′27.57″S 39°40′32.84″E, appelé ainsi par sa présence sur l'actuel terrain de golf du Mombasa Golf Club. Son autre nom provient du nom du bateau ottoman Kaberas qui l'a bombardé ;
  • Horse shoe fort 4°4′43.08″S 39°40′20.2″E, très petite fortification, très bien préservée, en forme de « fer à cheval » d'où son nom de Horse shoes ;
  • Fort of the Anchorage 4°4′33.06″S 39°39′52.33″E, aussi appelé Round fort ou Hexagonal fort dont tous les vestiges ont complètement disparus.

Histoire

Le 7 avril 1498, Vasco de Gama découvre l'ile de Mombasa lors de son 1er voyage vers les Indes.

En 1505, les troupes portugaises de Francisco d'Almeida's attaquent et saccagent le village de Mombasa.

En 1528, les Portugais saccagent à nouveau Mombasa pour, enfin prendre la maitrise de la côte est africaine avant que ne débutent les incursions des Kambas venus de l'intérieur et, en 1585 et 1589, les raids ottomans sur la côte swahilie. Ce qui leur font prendre conscience de l'importance de mieux protéger leurs possessions situées au nord de la côte swahilie.

En 1591, le roi de Portugal autorise la construction d'un fort sur l'ile de Mombasa.

Les travaux du fort Jesus sont initiés en 1593 sous la direction de l'architecte milanais Giovanni Battista Cairato puis est créé, en 1594, un comptoir qui vient s'ajouter à ceux de Sofala plus au sud et de Malindi plus au nord. Mombasa devient, alors, le plus important centre de commerce portugais de cette côte ce qui pousse le capitaine du donataire Mathieu Mendes de Vasconcellos d'en faire sa résidence, délaissant ainsi Malindi.

Les relations entre les Portugais et le sultan de Mombasa Muhammad Yusuf se dégradent rapidement après le départ de Mathieu Mendes de Vasconcelos. Le 15 août 1631, le sultan attaque, par surprise, la garnison du fort qui est massacrée tout comme la population portugaise de Mombasa (45 hommes, 35 femmes et 70 enfants). Les Portugais envoient une expédition pour reconquérir la place mais abandonnent après deux mois d'un siège qui aura duré du 10 janvier au 19 mars 1632. Le 16 mai de la même année, Muhammad Yusuf abandonne Mombasa pour devenir pirate. Le 5 août suivant, une petite troupe portugaise commandée par le capitaine Pedro Rodrigues Botelho, et venue de Zanzibar, atteint Mombasa et réoccupe le fort. Cette occupation dure jusqu'en décembre 1698 et permet en 1635 et 1648 d'effectuer d'importants travaux de rénovation et d'aménagement.

En février 1661, les troupes du sultan d'Oman, Sultan bin Saif 1er, saccage la ville mais n'ose pas s'attaquer au fort. Le 13 mars 1696, une nouvelle expédition omanaise, ordonnée par Saif 1er bin Sultan, atteint Mombasa et entreprend le siège du fort. Malgré deux tentatives, en septembre et décembre 1697, par deux bateaux portugais de rompre le blocus, le siège perdure jusqu'à l'attaque décisive du 13 décembre 1698 alors que la garnison est réduite à un capitaine, neuf soldats et un prêtre. Le 20 décembre suivant, une flotte portugaise parvient au large de Mombasa mais il est trop tard. Avec la conquête du fort, toute la côte du Zanguebar tombe sous la domination des sultans d'Oman.

Cette domination persiste jusqu'à l'arrivée de la Compagnie britannique impériale d'Afrique de l'Est à la fin du XIXe siècle malgré la brève reprise du fort par les Portugais entre le 16 mars 1728 et le 26 novembre 1729 grâce à une mutinerie de la garnison et malgré l'occupation de la position par les sultans de Zanzibar entre 1837 et 1895.

Les Britanniques prennent possession du fort le 1er juillet 1895 et le transforme en prison jusqu'en 1958. Il devient alors monument national puis musée accessible au public en 1960 géré par les Musées nationaux du Kenya (National Museums of Kenya).

Depuis le 12 décembre 1963, le Kenya est devenu indépendant et le musée est toujours géré par les National Museums of Kenya devenus institutions kényanes.

Musée

Outre l'accès aux fortifications, le visiteur peut découvrir un musée construit en 1962 et qui a remplacé une partie des cellules de la prison britannique.

Une partie des collections provient de la frégate portugaise Santo Antonio de Tana qui git, depuis le 20 octobre 1697 par 17 m de fond face au fort. Ces pièces sont constituées essentiellement de poteries en céramique d'Afrique et d'Inde, de porcelaines de Chine, de jarres et divers objets ayant appartenu à l'équipage.

Une autre partie provient de différents sites de fouille sur la côte kényane. Également exposés, des équipements militaires arabes, des instruments de musique et, dans la cour, une série de canons de marine des XVIIIe et XIXe siècles.

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