Fluxus

Un article de Nezumi.

Le mouvement Fluxus est un mouvement d'art contemporain né dans les années 60 qui toucha principalement les arts visuels mais aussi la musique et la littérature.

Sommaire

Historique

À la fin des années cinquante, de jeunes artistes, influencés par Dada et les ready-made de Marcel Duchamp, par l'enseignement de John Cage et par la philosophie Zen, effectuèrent un minutieux travail de sape des catégories de l'art par un rejet systématique des institutions et de la notion d'œuvre d'art. (Le mot "fluxus" vient du domaine médical où il désigne les processus de "défécation coulante" ou de "vidage d'organe coulant"). L'humour et la dérision sont placés au centre de la démarche et participent à la définition de Fluxus comme un non-mouvement, produisant de l'anti-art ou plutôt un art-distraction.

Fluxus est une communauté d’individus éparpillés dans de nombreux pays, regroupant une vaste quantité de comportements et d’attitudes différents envers l’art et la vie. Tous sont singuliers dans leur personnalité et leur travail, mais leur positionnement à l’égard du monde de l’Art est sensiblement la même: combattre, aux dires de Georges Brecht, « l’immense stupidité, tristesse et absence de sens qui font la plaie de notre vie ». Dès le début des années soixante, Fluxus s’inscrit dans la continuité des avant-gardes futuristes et de Dada, contrariant le dictat des Beaux-Arts et de l’Art officiel. La majorité des acteurs de Fluxus revendiquent une liberté et une instantanéité dans la création, et se référent à des pensées qui n’ont pas nécessairement de liens directs avec l’art occidental.

Les origines de Fluxus sont multiples : dans les ascendances philosophiques, il y a la personnalité de Marcel Duchamp, dont l’analyse ironique et réflexive de l’art, tente, par les ready-mades et par l’ensemble de ses déclarations, de contrarier l’ordre attendu des choses. Le compositeur John Cage est lui aussi l’un des principaux inspirateurs du mouvement. Fortement influencé par la pensée du boudhisme Zen qu’il réadapte à un contexte occidental, ses compositions musicales sont déterminées par l’emploi du Yi King, le livre divinatoire des transformations que les chinois consultent depuis des siècles lorsqu’ils ont à faire un choix. Les origines de Fluxus ne sont pas clairement marquées, car Fluxus est un « non-groupe », dépourvu de structures rigides, comme ce fut jadis le cas pour les surréalistes et leurs listes d’adhésions ou d’exclusions.

En 1954, au Japon, prend naissance le groupe Gutaï qui, malgré l’ensemble de son travail, reste méconnu en Occident. Il faut noter l’importance de Gutaï, « incarnation de l’esprit », dans les prémisses du happening. L’artiste est face à lui-même avec ce principe qui consiste à ne rien copier et à tout inventer, que cela se présente sous forme d’interventions en plein air ou sur scène, publications ou peintures informelles. Parmi les artistes Gutaï, on pense à Kazuo Shiraga qui détruit publiquement à coups de hache une de ses pièces.

Cette relation directe et physique avec le public apparaît dans le cas de Fluxus comme l’aboutissement d’une recherche entre « l’art et la vie ». Le happening est le mode d’expression le plus représentatif de cet état d’esprit et Allan Kaprow en sera l’initiateur direct. Cette fête de l’instant, réalisée entre amis, sans trop de moyens et dans des lieux très divers (rues, galeries, appartements, chantiers, théâtres, etc.) n’est jamais reproduite, car elle est par essence intransportable dans l’espace et non reproductible dans le temps. En relation forte avec le présent, l’art apparaît direct, éphémère et gratuit, il devient une affirmation de la vie. Une part essentielle de l’esprit Fluxus est celle du Jeu, de la fête permanente qui, le plus souvent, vise à promouvoir l’imposture en tant que dimension esthétique. Pour George Maciunas, Fluxus s’oppose fondamentalement à une idée de l’art qui paraît complexe, prétentieuse, profonde, sérieuse, intellectuelle, inspirée, adroite, éduquée, intelligente et significative, c’est à dire présenter tous les caractères romantiques et démiurgiques. C’est avant tout un « art-jeu » qui se veut simple, amusant, sans prétention, qui s’intéresse à des choses a priori insignifiantes, ne demandant ni habileté particulière, ni préparations fastidieuses.

La personnalité de George Maciunas se dégage de ce groupe: c'est lui qui choisit le nom Fluxus en 1961 et qui rédige le Manifeste Fluxus. Il crée une galerie en 1961 et organise des concerts de musique contemporaine, ainsi que des expositions de ses amis (John Cage, Dick Higgins ou La Monte Young) avant de s'installer en Allemagne. En septembre 1962, il organise , avec l'aide de Joseph Beuys, le premier concert Fluxus, le Fluxus Internationale Festspiele neuester Musik donné à Wiesbaden, qui marque les véritables débuts du mouvement.

Suit alors une tournée Fluxus européenne, durant laquelle plusieurs artistes se lient au mouvement, dont Robert Filliou et Ben Vautier, qui en représentent la branche française. On compte parmi les destinations Fluxus Copenhague (Festum Fluxorum) et Paris en 1962, Düsseldorf, Amsterdam, La Haye et l'un des plus importants, le Fluxus Festival of Total Art de Nice, organisé par Ben, en 1963. Parmi les actions menées : « Gifler, sans l'avoir prévenue, une charcutière » ou « faire du vélo dans les airs en hurlant ». Bientôt des dizaines d'artistes des cinq continents s'y associent et trouvent dans cette pratique joyeuse et iconoclaste, l'espace de liberté qu'ils recherchaient.

Durant vingt ans, malgré les scissions et les exclusions, Fluxus restera fidèle à son utopie de départ : par un humour dévastateur et provocant, faire littéralement exploser les limites de la pratique artistique, abolir les frontières entre les arts et construire un lien définitif entre l'art et la vie.

Si Fluxus compta parmi ses membres des personnalités prestigieuses et variées, il ne s'est pas contenté de limiter son existence aux livres d'histoires et sa pratique, nourrie d'une réflexion profonde et toujours d'actualité, fait preuve d'une énergie sans cesse renouvelée. Fluxus réécrit à chaque concert sa propre histoire et a certainement marqué de son influence les pratiques contemporaines.

Au Japon, Fluxus se prolonge par le mouvement High Red Center, créé en 1963.

Extrait du manifeste

George Maciunas, 1963

Pour établir son statut non-professionnel dans la société
l'artiste doit démontrer qu'il n'est ni indispensable ni exclusif,
que l'auditoire peut se suffire à soi-même
que tout peut-être art, que n'importe qui peut fairede l'art.
Par conséquent l'art-jeu doit être simple, amusant, sans prétention, s'intéressant aux choses insignifiantes, ne demandant ni habileté particulière ni répétitions innombrables et n'ayant aucune valeur marchande ou institutionnelle.
La valeur de l'art-jeu sera réduite parce qu'il sera quantitativement illimité, en production de masse accessible à tous et éventuellement produit par tous.
L'art-jeu de Fluxus est une arrière-garde sans prétention ni besoin de s'opposer à l'avant-garde dans la lutte pour la suprématie. Il se contente des propriétés monostructurelles non-théâtrales d'un fait naturel simple, d'un jeu ou d'un gag. C'est un mélange de vaudeville, de gag, de jeu d'enfant, de Spike Jones et de Duchamp.

Exposition de 2012 à Stuttgart

En 2012 Pour les cinquante ans de Fluxus, la Staatsgalerie de Stuttgart a consacré une exposition au mouvement.
Le propos de l’exposition était organisé autour de deux figures centrales : George Maciunas et Wolf Vostell, tous les deux incontournables dans le réseau Fluxus et en même temps rivaux.
Les curateurs ont choisi d’écarter Joseph Beuys et John Cage.

Artistes présenté:
George Brecht, Robert Filliou, Al Hansen, Dick Higgins, Alison Knowles, Arthur Köpcke, George Maciunas, Charlotte Moorman, Yoko Ono, Nam June Paik, Benjamin Patterson, Dieter Roth, Takako Saito, Mieko Shiomi, Ben Vautier, Wolf Vostell, Robert Watts, Emmett Williams.

Artistes

Quelques artistes représentatifs de Fluxus:

Galerie

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Mieko Shiomi: Disappearing Music for Face, 11 min, 15 s, 1966. L’action consiste à passer graduellement du sourire au non-sourire. Ce film montre le sourire de Yoko Ono, filmé par le photographe Peter Moore à l’aide d’une caméra industrielle dont l’obturateur tourne à la vitesse de 2 000 images par seconde. Le film, projeté à vitesse normale, c’est-à-dire 24 images par seconde, produit un phénomène d’extrême ralenti

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Yoko Ono, Grapefruit, 1964, 200 instructions

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George Maciunas, Flux Year Box 2, 1967
Boite en bois avec impression sur couvercle contenant des objets divers, de nombreuses documents des Editions Fluxus.
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George Brecht (1926-2008) Water Yam, édition de 1973

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Takako Saito, Hommage à Fluxus

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Nam June Paik, TV Buddha , 1974

Voir aussi Les films d' Ann ; le cinéma de Nezumi; les Artistes contemporains / Randonnées dans les Pyrénées

Voyages : les merveilles du Japon; Les temples et des montagnes du Népal