Equipo Crónica

Un article de Nezumi.

Equipo Crónica est le nom d'un collectif d'artistes contemporains du pop art espagnol, actif de 1964 à 1981.

Il a été fondé en 1964 par Rafael Solbes (1940-1981), Manolo Valdés (né en 1942) et Juan Antonio Toledo (né en 1940). Ils ont bénéficié de l'amitié actide du peintre Eduardo Arroyo.

Leur mélange est unique : ils sont un peu réalistes, un peu critiques, assez pop, pratiquant citations picturales, anachronismes et pastiches doux-amers. Le tout est assez jubilatoire et bon enfant, mais pas joyeux, car l'ombre du franquisme est présente tout au long de leur œuvre.

L’équipe prend part aux grands évènements de la Nouvelle figuration (Bande dessinée et Figuration narrative en 1965, Le Monde en question en 1967) et expose parallèlement en Espagne à Valence, Madrid, Barcelone en 1966-67. Les peintures de ce tandem d’artistes, volontairement étrangères à toute gestualité ou subjectivité, sont faites de reprises d’images des médias et de chefs-d’oeuvre de la peinture européenne, plus particulièrement espagnole. Elles mêlent des icônes de l’art moderne ou de la peinture espagnole classique avec des espaces kitsch contemporains et des détails incongrus. Exploitant le choc visuel provoqué par le collage, Equipo Crónica peint des grands formats au rendu photographique sans relief, dans un style publicitaire, cherchant l’anonymat derrière un nom de groupe. Les couleurs vives employées sont une réponse à la grisaille artistique durant l’Espagne franquiste. Les aplats de couleur vive et sans nuance, l’absence d’une narration trop évidente déstabilisent le spectateur. La figuration froide de leur peinture est contrebalancée par l’humour et « la distanciation de la distanciation » (pour reprendre le titre d’une exposition consacrée au groupe à Saint-Etienne).

Tous les sujets sont abordés : le système capitaliste, la guerre du Vietnam, la société de consommation. Leurs critiques portent sur la répression du pouvoir policier, le poids de l’histoire de l’art, à travers une réflexion sur la valeur de l’image, sa codification et la transformation de chefs-d’oeuvre en clichés. Leur production se décline en séries. Dans une des premières, La Récupération (1967-1969), les images sont liées entre elles par un propos : les peintres tentent de récupérer, d’installer dans un espace contemporain les grandes figures de l’art espagnol.

En 1969, ils systématisent leurs manipulations en les appliquant à une seule oeuvre, Guernica. Ils déconstruisent ce tableau célèbre pour mieux en montrer les éléments symboliques et les ressorts narratifs. La série est montrée à la galerie Grises à Bilbao et dans l’exposition Kunst und Politik à Wuppertal, Karlsruhe et Cologne en Allemagne.

La série Autopsie d’un métier (1969-1970) est présentée à la galerie Val i 30 à Valence. Les artistes jouent sur les conventions de la peinture (perspective, clair-obscur, trompe l’oeil, touche) à partir d’oeuvres de Vélasquez et sur les oppositions, comme artiste/spectateur ou haute/basse culture.

La Série noire de 1972 investit le genre cinématographique, à travers des scènes de films policier, mêlant violence, action et art moderne. A la Biennale de Paris en 1973, ils présentent L’Affiche, qui associe images de propagande et images de la modernité artistique, en réaction à la domination étouffante des avant-gardes conceptuelles.

En 1974 se tiennent les premières rétrospectives du groupe, à Rotterdam puis à l’ARC, à Paris.

Le choix pour l’exposition du Pavillon central de la Biennale de Venise, en grande partie conçue par Equipo Crónica, intitulée Avant-garde espagnole et réalité sociale, 1936-1976, suscite une vive polémique en Espagne et en Italie. La lisibilité des séries est de plus en plus complexe. Dans Billards (1976-1978) le tapis, les boules et la salle de jeu se transforment en peintures d’avant-garde. La touche du pinceau devient plus visible à partir de 1978 dans les séries Une sorte de parabole, Les Voyages (1979-1980) ou encore Chroniques de transition (1980-1981). La disparition de Rafael Solbès en novembre 1981 met fin à l’équipe, Manolo Valdés continuant seul sa carrière.

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Galerie

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