De Stijl

Un article de Nezumi.

De Stijl (prononcer [də.'stɛil], en néerlandais « le style ») fut tout d'abord une revue d'arts plastiques et d'architecture, publiée de 1917 à 1928, sous l'impulsion de Theo van Doesburg et avec la participation active de Piet Mondrian. Par extension, De Stijl désigne un mouvement artistique, issu du néo-plasticisme et ayant profondément influencé l'architecture du XXe siècle, en particulier le Bauhaus et, par voie de conséquence, le style international. Ce mouvement est né à Leyde (Pays-Bas).

Le mouvement

De Stijl a réuni à sa création, outre Mondrian et Van Doesburg, le peintre néerlandais Bart Van der Leck, le peintre hongrois Vilmos Huszar, le sculpteur et peintre belge Georges Vantongerloo, le poète néerlandais Anthony Kok et les architectes néerlandais J. J. P. Oud, Jan Wils et Robert Van't Hoff. Le premier numéro de la revue paraît en octobre 1917. Aussitôt après, Van der Leck quitte le groupe, auquel adhérera bientôt l'architecte Gerrit Rietveld. Le but de la revue, énoncé dans le manifeste de novembre 1918, est de contribuer au développement d'une nouvelle conscience esthétique qui réunisse en même temps l'art et l'architecture.

Durant les quatorze années de son existence, le mouvement transdisciplinaire offre une transcription formelle, plastique, picturale et architecturale des principes d'une harmonie universelle, et la met en oeuvre. La peinture, la sculpture, la conception de mobilier et le graphisme, l'architecture et bientôt l'urbanisme sont les supports de cette expérimentation conduite simultanément. Pluridisciplinaires, les productions du Stijl le sont par nature, outrepassant les cloisonnements traditionnels et académiques entre arts majeurs et mineurs, entre arts décoratifs, architecture et urbanisme : « de l'esprit à la ville ».

La spatialité de l'oeuvre d'art passe progressivement du statut de support d'analyse du monde à celui d'agent de construction de l'environnement social et politique de la ville. À ce titre, elle constitue une expérience du monde, elle ordonne le monde et donne corps à la communauté ; elle configure et rend possible l'équilibre entre l'individuel et le collectif, entre le rationnel et le sensible, entre le savoir et le faire, entre le spirituel et le matériel. Il s'agit en priorité pour le Stijl d'inventer un langage formel qui répond aux enjeux de la société industrielle au lendemain de la Première Guerre mondiale et de tracer les stratégies de mise en oeuvre d'un nouvel ordre sociétal. La méthode de cette vision est le néoplasticisme. Il s'agit, dans un premier temps, de radicaliser l'approche des avant-gardes contemporaines : « Les cubistes, disait Mondrian, refusent les conséquences de leur propre révolution plastique. La sensibilité moderne ne peut se réduire à l'intégration de multiples points de vue, elle doit tendre vers une langue plastique directement universelle et rationnelle ». Van Doesburg milite quant à lui pour « l'élaboration au sujet des arts plastiques des principes fondamentaux élémentaires et intelligibles par tous ». C'est par l'usage strict des couleurs primaires (bleu, jaune, rouge), du blanc et du noir appliqués en aplat, de lignes droites et orthogonales, par la limitation des formes et la géométrisation des volumes que les créateurs du Stijl inventent une grammaire formelle. L'élémentarisation du lexique formel et les proportions dynamiques repoussent les limites du tragique et donnent lieu, in fine, à une esthétique projetée comme universell

Le rayonnement du Stijl est dû au dynamisme de Van Doesburg, qui a été le propagateur des idées de Mondrian et des siennes. Van Doesburg a entrepris de nombreux voyages et donné des conférences dans toute l'Europe, en particulier en Allemagne, permettant ainsi la diffusion de l'esthétique néo-plastique. À Paris, une exposition des réalisations du Stijl a été présentée en 1923 dans la gal. l'Effort moderne de Léonce Rosenberg. L'influence du Néo-Plasticisme se manifestera en France de façon très active dans le domaine de l'architecture, en particulier chez Robert Mallet-Stevens, mais aussi chez Le Corbusier, ainsi qu'à la fin des années 20 dans l'œuvre des peintres Jean Gorin, Jean Hélion et Félix Del Marle.

La fin de De Stijl, en 1932, a été précipitée par des divergences de plus en plus saillantes entre ses deux membres fondateurs, Van Doesburg reprochant à Mondrian son manque de liberté et d'imagination dans la création. La revue De Stijl a continué de paraître avec de nouvelles contributions, celles de César Domela ou de Friedrich Vordemberge-Gildewart, jusqu'à la disparition de Van Doesburg en 1931. Un dernier numéro lui rendant hommage a été publié par sa veuve en janvier 1932. Par son ampleur théorique et son action, le mouvement De Stijl a connu une postérité considérable dans tout l'art du XXe s. Une importante exposition, Mondrian et De Stijl, a été présentée (Venise, fondation Cini) en 1990.

Le style

Dans le domaine pictural, le mouvement De Stijl se caractérise par une limitation stricte des moyens :

  • usage uniquement des couleurs primaires (bleu, jaune, rouge) et des non-couleurs (blanc, noir, gris) ;
  • usage uniquement de lignes droites et orthogonales ;
  • les couleurs sont appliquées en aplat, sans mélange ou dégradé ;
  • les formes se limitent à des rectangles et des carrés ;
  • dynamisation de l'espace par le jeu des diagonales.

Ces principes se retrouvent également dans les réalisations architecturales.

Chronologie

  • 1914

Retour de Mondrian en Hollande. Theo Van Doesburg, mobilisé, est envoyé à la frontière belge où il fait la connaissance des poètes Evert Rinsema et Antony Kok.

  • 1915

Premier article de Van Doesburg sur l’œuvre de Mondrian qu’il vient de découvrir.

  • 1916

Mondrian présente à Van Doesburg le théosophe Schoenmaekers. Van Doesburg rencontre les architectes Jacobus Johannes Pieter Oud, Jan Wils et le peintre Bart Van der Leck, début d’une période de coopération. Elaboration de vitraux et mise en couleurs d’espaces intérieurs. Robert Van’t Hoff construit la villa Henny à Huis-ter-Heide, reconnue internationalement pour sa radicalité géométrique. Les œuvres de Van der Leck, aux limites de l’abstraction (formes simplifiées, aplats de couleurs primaires), sont acquises par Helene Kröller-Müller.

  • 1917

Van Doesburg réalise ses premiers tableaux néo-plastiques intitulés Compositions basés sur l’utilisation de grilles géométriques suivant les énoncés de Mondrian. Premier numéro de la revue De Stijl en octobre, qui paraitra jusqu’en 1932.

  • 1918

Gerrit Rietveld met au point un premier modèle de la Chaise rouge-bleu. Van Doesburg conçoit la mise en couleurs de l’hôtel restaurant De Dubbele Sleutel réalisé par Wils et de la maison de Bart De Ligt conçue par Van’t Hoff. Il réalise les vitraux pour l’opération de logements de Spangen à Rotterdam construits par Oud. Premier manifeste de De Stijl.

  • 1919

Départ de Mondrian pour Paris.

  • 1920

Hôte de Mondrian à Paris, Van Doesburg rencontre Léonce Rosenberg, directeur de la Galerie l’Effort Moderne. Deuxième manifeste de De Stijl consacré à la littérature. Van Doesburg prend le pseudonyme d’I.K. Bonset, poète dadaïste. Il organise en Hollande l’exposition La Section d’Or-Paris. Kubisten en Neo-Kubisten.

  • Décembre 1920-janvier 1921 : Van Doesburg séjourne en Allemagne, visite à Weimar le Bauhaus dirigé par Walter Gropius.
  • 1921

Van Doesburg se consacre aux collaborations avec les architectes. Sa conception de la couleur comme agent d’une dynamisation et d’une destructuration de l’architecture conduit Oud à la rupture et à quitter De Stijl. Rencontre avec Tristan Tzara. D’avril *1921 à fin *1922, Van Doesburg s’installe à Weimar. La revue s’ouvre à de nouveaux auteurs : Hans Richter, Kurt Schwitters, Raoul Hausmann... Troisième manifeste de De Stijl : Vers une nouvelle formation du monde.

  • 1922

En marge du Bauhaus, Van Doesburg propose un cours sur De Stijl. Il rencontre l’architecte néerlandais Cornelis Van Eesteren, début d’une étroite collaboration.

  • 1923

« Tournée Dada » en Hollande rassemblant Van Doesburg, Nelly Van Moorsel, Kurt Schwitters, Vilmos Huszár. Huszár et Rietveld présentent pour la Juryfreie Kunstschau de Berlin Composition spatiale et colorée pour exposition. Octobre-novembre : exposition Les Architectes du groupe De Stijl à la Galerie de l’Effort Moderne. Van Doesburg et Van Eesteren proposent trois projets de maisons appelés Contre-constructions.

  • 1924

Gerrit Rietveld et Truus Schröder-Schräder réalisent la maison Schröder à Utrecht, véritable manifeste architectural de De Stijl. Sous le titre Contre-composition, Van Doesburg introduit la diagonale dans sa peinture. Rupture avec Mondrian. Oud réalise à Rotterdam le Café De Unie selon les principes de De Stijl. Van Doesburg et Van Eesteren cosignent le cinquième manifeste de De Stijl, Vers une construction collective.

  • 1925

Van Doesburg publie Grundbegriffe der neuen gestaltenden Kunst et Mondrian Neue Gestaltung, Neoplastizismus, Nieuwe Beelding. Frederick Kiesler présente une maquette de La Cité dans l’espace, qui applique les idées du néo-plasticisme, à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels à Paris. Van Doesburg, avec l’aide de Hans Arp et Sophie Taeuber-Arp, commence la rénovation du café de l’Aubette à Strasbourg.

  • 1928

Rietveld, membre fondateur des Congrès internationaux d’architecture moderne (Ciam), signe avec Le Corbusier et Sigfried Giedion la « Déclaration de la Sarraz », texte qui servira à l’élaboration de la Charte d'Athènes en 1933.

  • 1929

Van Doesburg construit à Meudon une maison-atelier. Van Eesteren est nommé ingénieur en chef de la division de la planification urbaine à Amsterdam.

  • 1930

L’exposition du groupe Cercle et Carré, à la Galerie 23 à Paris, rassemble une cinquantaine d’artistes dont Vantongerloo et Arp. Mondrian et Michel Seuphor présentent leur œuvre commune, Tableau-poème. En réaction, et pour defendre une abstraction radicale, Van Doesburg lance la revue Art concret.

  • 1931

Auguste Herbin, Theo Van Doesburg et Jean Hélion fondent le groupe Abstraction-Création. 7 mars, décès de Van Doesburg.

Galerie

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Mondrian 1917

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Theo van Doesburg 1930

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Mondrian 1921

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