Dado

Un article de Nezumi.

Miodrag Djuric, dit Dado, né le 4 octobre 1933 à Cétinjé (Monténégro, Yougoslavie ), et mort à Pontoise, France, le 27 novembre 2010, plasticien contemporain français d'origine yougoslave.

Biographie

Dado vécut en France. Il peut être rattaché à la nouvelle figuration.

Témoin, dans son enfance, des atrocités commises par les nazis en Yougoslavie, il a été marqué pour la vie, et il a voué sa peinture à la représentation du corps. Déchiré, mutilé, secoué par des douleurs atroces, voué à d’épuisantes courses sans issue, éventuellement métamorphosé en animal, le corps de l’homme est un champ d’investigation inépuisable pour Dado.

Il fut découvert par Dubuffet et fut l'ami de l’écrivain Henri Michaux. En référence à son bestiaire monstrueux, on l’a souvent désigné comme le Jérôme Bosch du XXe siècle. En 1963, Dado se lie d’amitié avec Öyvind Fahlström, l’un des artistes de la Galerie Cordier.

Il est ensuite régulièrement présent à la galerie Jeanne Bucher à Paris puis à la galerie Isy Brachot de Bruxelles ainsi qu'à la galerie Beaubourg à Paris, à la galerie Jacques Girard à Toulouse ou au centre d’art contemporain du LAC (Sigean). Parallèlement, il est régulièrement exposé dans des espaces publics comme au musée Boymans van Beuningen de Rotterdam , au cabinet d'Art Graphique du Musée National d'Art Moderne ou au musée des Abattoirs, à Toulouse.

En 1991, la création du Musée Dado au Monténégro consacre l‘artiste dans son pays.

En 2009, Dado représente le Monténégro à la 53e Biennale de Venise.

Citation:
Peut-être ce peintre si attachant et si plein de terreurs diverses est-il le type même de l'artiste, en ces dernières décennies, à suggérer qu'un art est aussi bien une ascèse qu'une tentative de saisir le siècle par l'imagination effrénée.
Alain Bosquet

Depuis ses débuts, Dado invite le spectateur à pénétrer l’univers vertigineux de ses rêveries obsédantes. Il n’a de cesse, avec ses peintures comme ses fresques, dessins, collages, ou encore sculptures, de présenter un univers torturé et chaotique en constante évolution, fruit indiscutable de son douloureux vécu personnel mais aussi de son imagination débordante. Un univers dans lequel on retrouve toutefois bien souvent, parmi les monstres, une note d’humour qui rend la représentation moins désespérée qu’elle ne pourrait l’être.

L'œuvre de Dado a beaucoup évolué au fil des années tant l'artiste semble être dans une quête perpétuelle de renouvellement. L'expert peut ainsi discerner une bonne dizaine de périodes dans son travail:

  • 1945-1954 : Préhistoire de Dado. Dado développe son univers en se confrontant aux travaux d'artistes différents qu'il peut admirer dans les ouvrages de la bibliothèque de l'École des beaux-arts.
  • 1955-1956 : Période mécanique. L'artiste mêle les souvenirs de dimanches après-midi passés avec un ami à ranger les outils de l'atelier de sidérurgie du père de ce dernier - l'atelier devenant ainsi une salle de jeu de fortune - à une fantastique particulière donnant lieu à des personnages grotesques, fruits d'assemblages d'éléments mécaniques divers qui les font plus ressembler à des poupées qu'à des hommes.
  • 1955-1957 : Les bébés-fœtaux. On observe dans cette période de curieux personnages enfantins déformés et peints dans des coloris pâles, oscillant entre rose, gris et bleu.
  • 1958-1960 : Les personnages minéraux. Souvenir des paysages montagneux friables du Monténégro et quelques fois écho au noir des monuments pollués de Paris, cette période évoque également tout l'intérêt que peux porter Dado aux sciences naturelles. Effectivement ici, les personnages sont fissurés, lézardés à un tel point que leurs chairs finissent par d'avantage ressembler à une terre d'argile séchée qu'à une peau humaine. On perçoit également dans cette période, l'intérêt porté à la biologie et plus particulièrement aux maladies de peaux qui déforment corps et faciès.
  • 1961-1962 : La récréation pointilliste. Après s’être installé à Hérouval et découvrant la lumière pour lui nouvelle du Vexin Normand, Dado développe pendant une courte période une certaine mouvance pointilliste. Une sorte de « pause » picturale donc, où l’artiste continue de donner un relief minéral à ses personnages, mais cette fois-ci sans fendillement, avec simplement des taches colorées.
  • 1961-1964 : Le grand cirque monstrueux. Simultanément à la « pause pointilliste » Dado donne naissance en 1961 à une véritable cosmogonie où les monstres composés d’éléments disparates, paraissent avoir pris le dessus sur l’homme. La couleur foisonne et les personnages deviennent loufoques. Dans cet univers, ne vont tarder à se retrouver d'innombrables êtres monstrueux dans une profusion et une précision telles, que toute lecture analytique de l’œuvre semble irréalisable et infinie.
  • 1965-1973 : Les écorchés. Les monstres, entrés dans la vie et l’œuvre de Dado il y a quelques années, deviennent les fruits d’actes de barbaries incroyables, les présentant dorénavant comme des écorchés, des mutilés. Ce n’est plus vraiment l’aspect extérieur du corps que l’on nous donne à observer mais l’intérieur même, le système nerveux, les muscles, les organes, les os. On observe ici tout l'intérêt de Dado pour le corps humain. Intérêt que l'on retrouve par ailleurs dans les dessins de l'époque. Au niveau des couleurs, on baigne dans un univers de couleurs pâles oscillant entre le rose, le vert et le bleu. En 1966, Dado réalise sa première gravure, une pointe-sèche, chez Georges Visat et s'intéresse également à la lithographie.
  • 1973-1980 : Les damnés. Les monstres de Dado prennent à nouveau une forme différente et se transforment désormais en personnages situés entre l’enfance et l’âge adulte. Un état incertain qui les rend alors précocement vieillis. Concernant la couleur, le bleu-laiteux caractéristique de Dado, se fait de plus en plus présent, parfois au détriment des autres couleurs.
  • De 1980 à 1984, Dado se consacre presque uniquement à la gravure.
  • 1984-1989 : La galerie des ancêtres. Il s’agit ici presque d’une galerie de portraits d’êtres monstrueux mais « naturels » que Dado représente en suspension dans un univers sans décor. Des êtres qui dans l'esprit de Dado, sont un écho à ceux de Georges-Louis Leclerc de Buffon dans ses écrits. Le bleu-laiteux devient plus transparent et on se croirait presque plongé dans un univers aquatique où flottent ces formes en suspension.
  • 1989-2010 : L'explosion des monstres. Les œuvres de cette dernière période présentent des monstres régulièrement réunis dans un même ensemble. Celui-ci formant une certaine « masse » rassemblée au centre de la toile et laissant les bords libres ou tout du moins, inférieurement chargés et plus aérés. La couleur se fait ici plus variée et apposée à la toile d'une manière beaucoup plus abrupte et directe que précédemment.
  • 1990-2010 l’artiste présente également un type d’art que l’on pourrait en un certain sens, assimiler au graffiti. Cela notamment dans l’art de la peinture in situ qu’il pratique sur les murs de sa propre maison mais également dans des lieux divers tels le Domaine des Orpellières de Sérignan entre 1994 et 1999, la Chapelle Saint-Luc de Gisors entre 2000 et 2004, ou encore le Blockhaus de Fécamp entre 2003 et 2006.

Dado meurt le 27 novembre 2010 à l’hôpital de Pontoise. Suite à une cérémonie dans le musée de Cetinje, sa ville natale, Dado est enterré lors de funérailles nationales le vendredi 3 décembre à 15h à Košćele, près de Rijeka Crnojevića, au Monténégro.

Galerie

Site officiel de l'artiste

  • Dado Buffon Documentaire 1987 (24 mn , réalisation : Jorge Amat )
  • Dans le ventre de Dado Documentaire 2000 (37 mn , réalisation : Pascal Szidon )
  • Dado Tagueur Documentaire 2004 (70 mn , réalisation : Jorge Amat )

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