Biennale de Venise 2015

Un article de Nezumi.

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La 56e Biennale de Venise se tient du 9 mai au 22 novembre 2015.

Propos

Le commissaire principal est le nigerian Okwui Enwezor et l'organisation générale est confiée à Paolo Baratta.

Dans les deux lieux principaux, pavillon central des Giardini et l'Arsenale, All the World’s Futures expose plus de 150 artistes. La Biennale compte aussi 89 pavillons nationaux et 44 événements collatéraux officiels plus un certain nombre de manifestations officieuses. La plupart des pavillons nationaux présentent un seul artiste, certains associent des artistes étrangers. Cinq pays présentent pour la toute première fois, un pavillon: Grenade, Île Maurice, Mongolie, Mozambique et Seychelles.


La 56e Biennale d’art contemporain de Venise est placée sous le signe de la nature, des arbres et des bons sentiments écologiques, du moins dans les pavillons nationaux. Les artistes individuels présents au pavillon international des Ghiardini et, à l’Arsenal, dans la première moitié du parcours, ont été sélectionnés par le commissaire général de cette édition, Okwui Enwezor. Celui-ci, que l’on a vu au travail à Cassel lors de la Documenta 2002 et lors de la Triennale de Paris en 2012, a pour habitude de construire ses expositions, de les vouloir cohérentes, de ménager des corrélations entre les œuvres et, mérite tout aussi précieux, de savoir les disposer dans l’espace.

L’idée générale est affirmée dès l’entrée de l'Arsenal, qui associe les mots écrits en néon de Bruce Nauman – « War », « Death », « Pain » aux buissons de couteaux d’Adel Abdessemed. Elle est tenue jusqu’à l’épilogue, les huit toiles de Georg Baselitz, nus masculins de près de cinq mètres de haut chacun. Et, juste derrière, les photographies du groupe nigérian Invisible Borders, qui, depuis 2009, écrit l’histoire de l’Afrique sub-saharienne, de ses frontières, de ses luttes.

Enwezor est né au Nigeria et la géopolitique est la notion centrale qui structure son projet. Elle se lit sur des cartes, telles celles que dessine la Vietnamienne Tiffany Chung, et avec des armes féroces, comme en imagine Abu Bakarr Mansaray, né en Sierra Leone. Elle produit des désastres, comme ceux à partir desquels le Chinois Cao Fei fabrique des diaporamas miniatures effrayants. Tampons géants de Barthélémy Toguo ; dessins objectifs de Massinissa Selmani qui tous deux vivent tantôt en France, tantôt dans leur pays natal, Cameroun pour l’un et Algérie pour l’autre ; assemblages de tissus noués de la Brésilienne Sonia Gomes : ce ne sont que quelques exemples de l’ampleur de l’exposition, si dense qu’il faudra en reparler. Placée sous le signe de la nature, des arbres et des bons sentiments écologiques, la 56e Biennale de Venise regroupe expositions nationales et événements collatéraux

Ces qualités se retrouvent dans le pavillon international, où Enwezor réunit les cautions historiques de sa vision de l’art : Walker Evans, Marcel Broodthaers, Robert Smithson, Fabio Mauri, Christian Boltanski, Chris Marker, Hans Haacke. Les côtoient la Péruvienne Teresa Burga, le Japonais Tetsuya Ishida, le Britannique Jeremy Deller. Ils ont en commun l’absence d’illusions et la volonté acharnée de donner une forme visuelle irréfutable à ce qu’ils savent du monde contemporain. A bien des égards, Enwezor dresse un acte d’accusation. La biennale est politique, mais pas forcément bien-pensante, comme en témoigne la présence à l’Arsenal du Turc Kutlug Ataman, dont les déclarations publiques contre les révoltés du parc Gezi en août 2013, au moment où les intellectuels et journalistes laïques étaient emprisonnés, restent dans les mémoires.

La plupart des artistes invités des pavillons nationaux sont d’accord avec cette optique. En témoigne, dans le pavillon serbe, Ivan Grubanov : son installation intitulée United Dead Nations est constituée d’amas de drapeaux décatis et froissés, posés au sol, qui tous ont un jour symbolisé un pays aujourd’hui disparu : la Yougoslavie (1918-2003), l’Empire austro-hongrois (1867-1918) ou la RDA (1949-1990), on en oublie et lui aussi. S’il y a des pays qui n’existent plus, on en découvre, plus poétiques puisque personne n’est mort pour eux, d’autres qui n’existent pas. Le jeune commissaire d’exposition Dimitri Ozerkov consacre ainsi un pavillon à la Tellurie, une nation fictive inspirée d’un roman de Vladimir Sorokine, qui n’est pas l’écrivain le mieux aimé des autorités russes actuelles. Le pavillon allemand, occupé par un collectif, entend dénoncer l’économie souterraine, ce qui en Italie en général et à Venise en particulier prête à sourire. Sauf que, plastiquement, c’est indigent : un labyrinthe conçu par des calvinistes, avec trois travailleurs cachés sur le toit, et donc invisibles des visiteurs, sauf quand ils leur balancent des boomerangs fabriqués par eux-mêmes.

On voit, à l’inverse, léviter et se déplacer lentement les pins, et leurs grosses mottes de terre rouge, qui sont les héros de l’installation du Français Céleste Boursier-Mougenot, techniquement irréprochable. De façon probablement fortuite, elle rejoint ce qui apparaît vite comme l’une des thématiques des pavillons, la déploration des désastres que l’homme inflige à la nature et l’exaltation de celle-ci du temps où elle était vierge.

L’Américaine Joan Jonas veut inciter, vidéos et installations à l’appui, à renouer avec le monde animal. Le pavillon des îles Tuvalu déplore la montée des eaux en forçant le visiteur à mouiller ses chaussures. Le Néerlandais Herman de Vries fait avec élégance l’éloge des pierres, des végétaux, des roses de Damas et de l’eau pure. Autriche, Corée du Sud, Grèce : les uns dénoncent la fin du monde ancien, les autres la venue d’un nouveau monde d’androïdes. Avec d’excellentes raisons, chaque fois, mais en abusant souvent du documentaire passablement ennuyeux ou du symbolique excessivement appuyé. A la longue, ces bons sentiments finissent par lasser et la vulgarité délibérément et joyeusement obscène de Sarah Lucas en devient soudain plus pertinente, plus réjouissante.

Site officiel

Palmarès

Le jury de la 56ème édition de La Biennale di Venezia composé de Naomi Beckwith (USA), Sabine Breitwieser (Autriche), Mario Codognato (Italie), Ranjit Hoskote (Inde), and Yongwoo Lee (Corée) a décerné:

  • Lion d'or de la meilleure contribution nationale : Arménie Armenity / Haiyutioun
  • Lion d'or du meilleur artiste de l'exposition : Adrian Piper (USA)
  • Lion d'argent pour un jeune artiste prometteur : Im Heung-Soon Factory Complex

Le jury a également décidé d'attribuer quatre mentions spéciales.
Mentions spéciales pour les artistes :

  • Harun Farocki (Allemagne 1944 - 2014); Corderie, Arsenale
  • Abounaddara collective (collectif Syrien 2010) Giardino delle Vergini, Arsenal)
  • Massinissa Selmani (Algerie 1980; Corderie, Arsenal)
  • Joan Jonas (USA) : They Come to Us Without a Word

Pavillons nationaux remarquables

Giardini

  • Espagne : Pepo Salazar
  • Pays-Bas : Herman de Vries
  • USA : Joan Jonas (prix)
  • Danemark : Danh Vo
  • Venezuela : Argelia Bravo
  • Russie : Irina Nakhova
  • Japon : Chiharu Shiota
  • Corée du sud : Moon KyunGwang
  • France : Céleste Boursier-Mougenot
  • Australie : Fiona Hall
  • Roumanie : Adrian Ghenie
  • Pologne : J et J Malinowska
  • Serbie : Ivan Grabanov

Arsenal

Autres artistes remarqués:

Giardini (Pavillon central)

Arsenal (Corderie)

Événements collateraux

Galerie

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