Avalokiteshvara

Un article de Nezumi.

Le bodhisattva Avalokiteshvara (sanskrit Avalokiteśvara « seigneur qui observe depuis le haut », chinois 觀(世)音 Guān(shì)yīn, prononcé Kannon en japonais) est sans doute le plus populaire parmi les bouddhistes du grand véhicule. Il est aussi utilisé comme yidam dans les méditations tantriques.

Variantes: Jûichimen Kannon Avalokiteshvara à 11 têtes ; Senju Kannon Avalokiteshvara aux 1000 bras; Batô Kannon Avalokiteshvara à tête de cheval.

Sommaire

Représentations

Bodhisattva est protéiforme et syncrétique (il peut représenter tous les autres bodhisattva) incarnant la compassion ultime, il est féminin en Chine et au Japon ; au Tibet, le Dalaï Lama est considéré comme sa réincarnation.

A la suite de sa pénétration en Chine, Avalokiteshvara a fait l'objet d'une féminisation de plus en plus fréquente, devenue définitive sous les Song. C'est aussi principalement sous forme féminine qu'il s'est implanté au Japon. Importante déité en Chine, Guanyin y a joint à sa nature de bodhisattva celle d'une déesse de la religion populaire, comptée par le taoïsme au nombre des immortels. Elle est invoquée comme protectrice dans la vie quotidienne, particulièrement en faveur des enfants et des marins, et comme libératrice spirituelle des trépassés ou des âmes égarées.

Sa féminisation a très probablement tout d'abord été spontanée et populaire. Son image dans l'iconographie et la statuaire hindoue - visage imberbe aux traits fins, chignon bouclé, embryon de poitrine, silhouette gracieuse, parfois boucles d'oreille et collier - très éloignée des représentations masculines chinoises, associée à sa nature compatissante, ont dû décider assez vite de son changement de sexe auprès du fidèle ordinaire. On peut cependant en trouver une justification canonique dans le Sūtra du Diamant qui mentionne la capacité du bodhisattva à prendre des aspects multiples ainsi que sa fonction de donneur d'enfant, qui ne serait d’ailleurs d’après certains que le résultat de l’interprétation erronée d’un sinogramme.

Dans les temples bouddhiques, Avalokiteshvara a typiquement l'aspect d'un bodhisattva "standard" vêtu d'un drapé lâche, en méditation les yeux mi-clos sur un lotus aux côtés des bouddhas, et son physique féminin est peu accentué. Dans les autres temples, son aspect féminin est évident ; elle porte parfois un costume de dame noble au lieu de la robe ample habituelle ; son visage peut être paré de couleurs humaines (joues roses) ou semblable à celui des divinités populaires (noir par ex.) ; elle est souvent debout sur un lotus de dimensions réduites. Elle est acompagnée de personnages du bouddhisme populaire Parfois elle partage son lieu de culte avec une autre divinité importante.

Dans presque tous les cas, elle est vêtue de blanc et tient en main la bouteille contenant l’eau qui purifie, une branche de saule (plante apotropaïque en Chine) ou un sutra, à moins que sa main vide ne fasse un geste bouddhique de protection. Une autre caractéristique commune à presque tous ses lieux de culte est leur fonction de secours aux trépassés : on peut y trouver des tablettes ancestrales ou même des cendres funéraires.

Légende

Comme toutes les divinités chinoises elle a reçu une biographie terrestre, qui existe en quelques versions différentes, la plus répandue étant celle qui fait d’elle une princesse, elle-même réincarnation d’Avalokiteshvara. La déesse Mazu, qui joue comme elle un rôle de protectrice, est parfois considérée comme un de ses avatars.

La princesse ‘’Miaoshan’’ 妙善 était la fille d’un roi de Sumatra qui avait choisi de devenir nonne plutôt que d’épouser le riche parti choisi par son père. Celui-ci avait ordonné aux moines de la faire travailler nuit et jour afin de la décourager, mais les animaux des alentours vinrent à son secours et elle fut toujours en mesure d’accomplir la tâche demandée, quelle que soit son importance. Exaspéré, son père décida de mettre le feu au monastère. Miaoshan éteignit alors l’incendie de ses mains sans souffrir la moindre brûlure. Son père la fit finalement mettre à mort. Alors qu’elle se dirigeait vers le paradis, elle baissa la tête et vit la souffrance du monde. Elle décida alors d’y rester pour sauver les âmes en détresse.

Une variante de l’histoire offre une explication à l’existence de la “Guanyin aux mille bras et aux mille yeux” dont le culte, lancé par l’installation au temple de Xiangshan 香山 d’une effigie tantrique, date des Tang :

Son père étant tombé malade, la princesse Miaoshan sacrifia ses bras et ses yeux pour demander sa guérison. Aussitôt après son sacrifice, elle apparut brièvement dotée de mille bras et mille yeux avant de retrouver son corps intact.

Jûichimen Kannon (十一面観音像)

Cette populaire représentation de Kannon présente 11 têtes ou 11 visages, en général sous forme de 1 tête centrale et 10 petites autour.

On le trouve en particulier dans le temple Sanjusangen-do de Kyoto et au Sambutsu-dô de Nikko

Mantra: Om maka kyaronikya sowaka

Autre mantra: Om rokê jimbara aranja kiriku

Senju Kannon (千手観音像)

Le chiffre mille symbolise la compassion illimitée du bodhisattva qui peut à la fois voir toutes les souffrances du monde (avec ses mille yeux) et leur venir en aide (avec ses mille mains). Cette forme, vénérée très tôt au Japon, reste très populaire dans l'archipel. Comme il est difficile de peindre ou de sculpter mille bras, les représentations ont généralement 42 bras, deux joignent les paumes (jap. gasshô), les 40 autres étant disposés autour du corps en éventail. Chaque main vient en aide aux êtres des 25 divisions des six domaines de transmigration (40 x 25 = 1.000). La tête peut avoir onze ou vingt-sept visages.

La tradition japonaise veut que les personnes souffrant de problèmes oculaires prient spécifiquement Kannon aux mille mains et aux mille yeux.

Mantra: Om bazara tarama kiriku

Batô Kannon 馬頭観音像 (Hayagriva bodhisattva)

C'est la forme irritée d'Avalokiteshvara. Il est commun à l'hindouisme et au bouddhisme. Il est représenté avec une tête de cheval, ou, le plus souvent avec une tête normale, surmontée d'une tête de cheval. C'est le protecteur du règne animal et sa vénération est à l'origine de l'interdiction de manger des gros mammifères, en particulier chevaux et vaches.

Mantra: Om amirito dohamba un patta sowaka

Galerie

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