Ai Weiwei

Un article de Nezumi.

Ai Weiwei ( 艾未未), plasticien contemporain chinois, architecte, photographe et aussi contestataire politique chinois, né en 1957 à Pékin.

Biographie

Son père est le poète et intellectuel Ai Qing, qui est dénoncé comme « ennemi du peuple » après certaines remarques critiques vis-à-vis du régime et envoyé, en 1957, avec sa femme Gao Ying, et ses enfants dans un camp de travail et de rééducation. Tout d'abord dans une ferme forestière de Beidahuang dans le Heilongjiang, puis deux ans plus tard à l'Ouest de la province du Xinjiang. C'est là, à Shihezi, que Ai Weiwei vit jusqu'à l'âge de 17 ans, tandis que son père subit des humiliations publiques, dans sa rééducation politique en pleine révolution culturelle.

En 1976, la famille peut rejoindre le Printemps de Pékin. En 1978, il est accepté à l'Université de cinéma de Pékin, où il étudie avec Chen Kaige et Zhang Yimou. Il participe au mur de la démocratie du quartier de Xidan, vers décembre 1978, et la condamnation de son animateur Wei Jingsheng à 15 ans de prison, dégoûte Ai Weiwei de la politique.

En 1979, il fonde avec d'autres (Huang Rui, Ma Desheng, Li Shuang, Wang Keping, Zhong Acheng...) le groupe d'avant-garde Les Étoiles. Ses œuvres seront incluses dans les expositions anniversaires des Étoiles, « The Stars: Ten Years, 1989 » (Hanart Gallery, Hong-Hong et Taipei) et l'exposition rétrospective de Pékin en 2007, « Origin Point » (Today Art Museum).

Dès 1981, grâce à un réseau de relations, il part aux États-Unis, principalement à New York, où il est étudiant à la Parsons The New School for Design, qu'il délaisse rapidement, vivant de petits métiers comme charpentier ou peintre en bâtiment et créant un milieu fertile avec les Chinois exilés dans son appartement du East village.

Il lance des performances artistiques et crée de l'art conceptuel en modifiant des objets readymade. En 1987, Ai prend une part active à la fondation de la Chinese United Overseas Artists Association, dont le siège est à New York. Ai a joué un rôle majeur au sein du mouvement de l'East Village, premier collectif d'art expérimental. Après les Manifestations de la place Tian'anmen et son dénouement tragique le 4 juin 1989, il fait une grève de la faim de huit jours avec un collectif appelé « Solidarity for China ».

En 1993, son père étant malade, Ai revient en Chine. De retour à Pekin, et à partir de 1994, il lance avec Feng Boyi, un critique et commissaire d'exposition indépendant, une série de publications underground connues sous l'appellation Les livres du drapeau rouge (The red flag books). Certaines de ces publications ont alors une influence décisive dans les milieux artistiques chinois. En particulier trois livres sur des artistes expérimentaux, Black Cover Book (1994), White Cover Book (1995) et Gray Cover Book (1997), qui font découvrir les œuvres et les personnages fondamentaux de l'art à un public chinois avide de connaissance.

Depuis, il produit un travail très iconoclaste, à la fois malicieux, destructeur et profond se consacrant à la culture classique chinoise et à l'environnement populaire occidental, il s'attache à la représentation du système politique centralisé et des contradictions de la modernité. Ai est entouré en permanence d'artistes et d'autres acteurs.

Ai Weiwei est représenté, en France et à Pékin, par la Galleria Continua.

Arts plastiques

Ses photographies témoignent du capitalisme anarchique qui se développe dans son pays et des contradictions de la modernité. Tout à la fois architecte, sculpteur, photographe, blogueur et adepte des nouveaux médias, Ai Weiwei devient rapidement l’un des artistes majeurs de la scène artistique indépendante chinoise, produisant une œuvre prolifique, iconoclaste et provocatrice.

Son travail a été présenté à la 48e Biennale de Venise en 1999 (Italie) ; à la First Guangzhou Triennial de 2002 (Chine) ; à la Biennale de Sydney de 2006, Zones of Contact, (Australie) ; et à la Documenta 12 de Cassel (Allemagne), où il a tenté d'« importer 1 000 et 1 chinois » dans une série baptisée le Conte de fées .

En tant qu'organisateur : « Fuck Off » (avec Feng Boyi), Shanghai, Chine, 2000.

Remémoration, 2009 est une installation de 9000 sacs d'écoliers en souvenir des enfants écrasés dans leurs écoles mal construites pour cause de corruption, lors du tremblement de terre de 2008.

L'installation Sunflower Seeds présentée dans le cadre des « Unilever Series », du 10 octobre 2010 au 2 mai 2011, à la Tate Modern de Londres. L'œuvre est constituée de plusieurs millions de représentations de graines de tournesol ; elle joue avec une métaphore célèbre de Mao Zedong où le peuple chinois devait se tourner vers lui comme les tournesols vers le soleil. Cette sculpture, selon le mot choisi par la Tate Modern pour présenter l'œuvre, est constituée de petites porcelaines peintes une à une, à la main, par près de 1 600 artisans et ouvriers de la ville de Jingdezhen (dont la porcelaine est historiquement l'activité économique principale et qui traverse une crise de l'emploi sans précédent) et installées sur 1 000 m2 du hall sur lesquelles pouvaient initialement se déplacer les visiteurs.

Au premier semestre 2012, ses photographies sont exposées au Jeu de Paume, à Paris Ai Weiwei : Entrelacs. L’exposition, qui présente également des vidéos de l’artiste, est centrée sur les photographies d’Ai Weiwei : celles par lesquelles il rend compte des mutations profondes du paysage urbain de son pays ; celles aussi qui relèvent d’une démarche plus artistique : pour la et les innombrables photos numériques diffusées sur son blog ou à l’aide de son téléphone portable.
Par la richesse de son iconographie, cette exposition consacrée à Ai Weiwei tend à montrer la diversité et la complexité du personnage et sa manière d’être constamment en relation avec le monde. D’où cette idée d’entrelacs, de liens qui ne cessent de se tisser par-delà les frontières et les obstacles en tout genre.

Architecture

Ai Weiwei a assez rapidement découvert l'architecture et le design et participe activement à la création de sa résidence le Studio House en 1999, inspirée par un photographie de la Stonborough House de Paul Engelmann et Ludwig Wittgenstein à Vienne puis en 2000 le nouvel espace de la galerie China Art Archives and Warehouse (CAAW), première galerie et archive d'art contemporain en Chine, qu'il a contribué a créer en 1998.

Il créé en 2003 le studio d'architecture FAKE Design à Caochangdi, avec 19 employés (2010), qui a réalisé par exemple le Yiwu South Riverbank (Jinhua, 2002), les 9 Boxes-Taihe Complex (Pékin, 2004), ou le Gowhere Restaurant (Pékin, 2004).

Ai Weiwei a été conseiller artistique pour le cabinet d'architecture suisse Herzog & de Meuron lors de la réalisation du stade national de Pékin construit pour les Jeux olympiques d'été de 2008. En cours de réalisation, il s'est éloigné du projet, en dénonçant les atteintes à l'environnement et la propagande gouvernementale autour du projet. Il a cependant continué à témoigner par des photos de l'avancement du chantier.

Engagement politique

Ai Weiwei est un artiste généraliste et un critique social qui a entrepris de faire bouger la réalité et de contribuer à la façonner. C’est un observateur perspicace des enjeux et des problèmes sociétaux d’aujourd’hui, un grand partisan de la communication et des réseaux, et un artiste qui sait introduire de la vie dans l’art et de l’art dans la vie.

En 2008, il est l'un des 303 intellectuels chinois signataires de la Charte 08.

Il aborde de front la question des conditions sociales en Chine et dans d’autres pays en livrant son témoignage sur les bouleversements que subit Pékin au nom du progrès, en adoptant dans ses Études de perspective une attitude irrespectueuse à l’égard des valeurs établies ou en rompant avec le passé dans des oeuvres composées de vieux meubles trouvés. L’idée qui le guide reste la même : libérer les potentiels dans le présent et pour l’avenir, affirmer ses positions grâce aux dizaines de milliers de photos et de textes diffusés sur son blog ou par le biais de Twitter.

En juin 2009, aux prises avec la censure entourant toute tentative de commémorer le massacre de la place Tiananmen, il met en ligne un poème intitulé ironiquement Oublions.

Le 3 décembre 2010, Ai Weiwei, qui souhaitait rejoindre la Corée du Sud, indique que la police a refusé sa sortie du territoire chinois car il mettait alors « en danger la sécurité nationale ». Il analyse ainsi cette interdiction : « la police et les autorités aux frontières augmentent leurs efforts pour empêcher des membres éminents de la société civile chinoise de voyager à l'étranger à l'approche de la cérémonie du prix Nobel de la paix » attribué au Chinois Liu Xiaobo qui est actuellement emprisonné.

Le 3 avril 2011, Ai Weiwei est interpellé par la police à l'aéroport international de Pékin avant qu'il ne puisse prendre un avion en direction de Hong Kong. Son atelier et son domicile sont fouillés et des ordinateurs sont confisqués le même jour. Le 15 mai 2011, l'artiste a pu brièvement rencontrer sa femme dans le lieu secret où il est détenu. Ai Weiwei est libéré sous caution le 22 juin. Ai Weiwei faisait l'objet d'une enquête pour crime économique, qui a conclu « à une importante évasion fiscale par la société Fake, que l'artiste contrôle, et à la destruction intentionnelle de pièces comptables. » Cette décision est prise du fait de la reconnaissance par Ai Weiwei de ses crimes, en considération de son état de maladie chronique, et de son intention répétée de rembourser au fisc les sommes manquantes.

Comme Hu Jia, et d'autres dissidents, il voit sa liberté de parole et d'intervention limitée, comme condition de sa libération.

Galerie

______

Aiwei2012.jpg
Ai Weiwei : Entrelacs, 2012, Jeu de Paume, Paris


weiwei5201.JPG
Stacked, 2015, Le 104, Paris

Voir aussi les fiches cinéma Ann ; le cinéma de Nezumi; les artistes contemporains / Randonnées dans les Pyrénées

Voyages : les merveilles du Japon; mystérieux Viêt Nam; les temples et des montagnes du Népal ; le grand Istanbul; Afrique